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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 18:24

C’EST L’HISTOIRE D’UN MEC…

Par Claude Bensoussan pour Guysen International News 


Ce texte de Claude Bensoussan est paru en décembre 2004.
Nos lecteurs l’ont plébiscité, alors en premier hommage à cet homme d'exception, nous remettons son récit en ligne.
Une histoire vraie, émouvante, racontée par Claude, à sa façon. 


Allez, un peu de lumière dans cette actualité obscure qui nous fait ne plus comprendre les évènements, qui se bousculent les uns les autres à vitesse vertigineuse, une accélération de l’Histoire, celle écrite par la Main Invisible qui apportera à Israël, à n’en pas douter, la Paix éternelle, et la reconnaissance par tous, du Message que le peuple juif a su maintenir vivant dans sa traversée du désert des nations jusqu’à son retour sur sa terre qui ne lui sera plus jamais confisquée. Malgré les vociférations des uns et des autres… 

C’est cette fidélité à la Torah, comme Hanoukka nous l’enseigne, qui fera que demain, plus personne ne pourra nous contester notre droit légitime à demeurer à jamais sur la terre que D.ieu a promis à Abraham Yitshak et Yaacov et à leur descendance, Am Israël, le Peuple d’Israël. 

« Qu’ils reconnaissent ainsi que Toi seul as nom ETERNEL, que Tu es le Maître suprême de toute la terre » ( Psaumes 83, 19) 



Vous la connaissez ? Non ? Oui ? Alors laissez moi vous la raconter une seconde fois… 

C’est l’histoire d’un mec. Normal quoi. Un mec qui ne savait même plus qu’il était un mec. 
Il ne savait plus comment c’était un mec. 
Un mec normal quoi… 
Et puis il faisait si froid, si froid dans ce foutu pays. Du côté de Magadan. Dans la Kolyma. Au Belomorkanal, quelque part en Sibérie. 
Détenu pour « activités contre révolutionnaires », il était presque devenu un « crevard » comme on disait là bas. D’ailleurs « crevard », on le devenait cinq semaines après l’arrivée… 
Moins 39° ce lundi 23 décembre 1951. Et cela faisait 4 ans qu’il survivait au Goulag. 


Il en avait vu de toutes les couleurs avec la « glavnoïe oupravlenie ispravitelno-troudovikh laguereï », l’administration principale des camps de travail et de rééducation. 
Enfermé sans jugement, comme « ennemi du Pouvoir ». Avec des « saboteurs », des « spéculateurs », des trotskistes et autres « istes », comme les sionistes. 
Que de privations, de brimades, de « punitions », de séjour au cachot dans des conditions atroces. L’hiver par des températures polaires. 
L’été par des températures solaires… les moustiques en plus. 
Enfermé dans un cloaque. Envie de mourir pour abréger les souffrances. Parce qu’il n’y a plus de vie après l’enfer… 

C’est l’histoire d’un mec qui cherche et qui cherche pendant des dizaines d’heures comme le coq du conte russe qui fouille dans un tas de **** pour trouver une perle. 


Parce qu’il a faim notre mec…Cela fait des semaines qu’il se contente de morceaux de pain rassis, après 15 heures de travail sur des chantiers pharaoniques, souvent absurdes, dans lesquels des millions de personnes s’épuisent et meurent. Morts que l’on ne peut même pas enterrer tant la terre est gelée. Son corps affaibli est délabré. Pour survivre il lui faudrait autre chose que l’ersatz de soupe quotidienne et le morceau de viande hebdomadaire qui pue et vous donne envie de gerber… 
Alors il va se risquer une nouvelle fois dehors et jouer sa vie pour aller quémander quelques grammes de graisse, seul aliment permettant de lutter contre le froid qui vous brûle jusqu’à l’âme. Quelques grammes de graisse pour tenir encore un jour. Encore une semaine. 
La faim est un moyen de tenir les hommes, de les briser et de les manipuler. 


Il met sa tenue de survie, celle que tous les détenus se sont confectionnés pour affronter l’impensable froidure. 
Et notre mec, zek parmi les zeks*, va aller soudoyer quelques paysans du coin, parce que la faim le tenaille et que, quitte à mourir, autant que ce soit le ventre « plein ». Certains avant lui s’y sont risqués. Ils reçurent une balle dans la nuque, parfois douze, mais vous me direz qu’après la première on ne ressent plus rien… 

-« Un peu d’huile s’il vous plaît », ose t-il prononcer, mais il est aussitôt jeté dehors par des hommes ou des femmes qui sont déjà morts de peur en le voyant… 

Il a fait le tour du village, Nosordovik qu’il se nomme le village, là bas, pas loin du Solovki, et rien à manger si ce n’est de la neige. De la neige bien blanche, bien fraîche mais déjà figée par la mort de glace. Celle qui congèle les cadavres et sidère les vivants. 


Las, il se dirige maintenant vers le camp qui paraît assoupi. Comme ouvrier « spécialisé » il a obtenu, par la grâce d’une sorte de kapo, l’autorisation de quitter exceptionnellement le périmètre de la prison. 


Là bas, une lumière brille encore… C’est le dépôt de matériel. 
Qui peut encore être là à cette heure tardive ? Stiva sûrement, le gardien sadique mais efficace. Il en a tué des hommes lui. D’un coup de poing ou de trique. Ou mieux, les étranglant… 


Il redoute la rencontre fatale, mais s’approche tout de même du bâtiment. 
La porte est grand ouverte et un désordre inhabituel règne à l’intérieur, comme si l’on s’y est battu récemment. Il risque un œil à travers la seule fenêtre grillagée. 


La remise est vide, mais il voit tout de suite le corps massif du gardien, affalé de tout son long sur le plancher, entre deux chaises branlantes, la main tenant encore un gobelet métallique. 
L’homme est ivre mort. Il a dû à coup sûr avaler son litre de vodka et s’effondrer en se levant. C’est une chance inouïe. Mais il va falloir jouer serré car le bougre peut se relever à tout instant. C’est une force de la nature, Stiva. Un mastodonte, Stiva. 

C’est l’histoire d’un mec normal. Il s’appelle Leibl. Et il est juif. Condamné pour « propagande religieuse », à 15 ans de travail forcé. 
Et Stiva hait profondément Leibl. 
Parce qu’il est juif. 


Plus d’une fois, le gardien a essayé de le coincer dans une remise pour le surprendre en train de chaparder. Manque de chance, Leibl n’est pas voleur. Malgré la faim et les privations. 


Mais cette fois, Leibl va laisser ses scrupules de côté et entrer dans la pièce à la lumière blafarde. L’autre n’a pas bougé. Il n’est plus en état de faire le moindre mouvement. Tout autre que Leibl en aurait profité pour assouvir une vengeance légitime. Pas lui. 


Il a besoin de corps gras…De la graisse ou de l’huile. C’est vital. 
Il va trouver ce qu’il cherche depuis des heures. A quelques centimètres de la main du gardien, une étagère en bois. Des flacons et des boîtes métalliques côtoient des outils de toutes sortes. De la graisse pour machines. C’est ce qu’il lui faut. 


Il n’a pas hésité l’ombre d’un instant et d’un geste rapide comme l’éclair, il saisit le premier pot de la rangée. 
Le premier pot venu. 
Est-il devenu fou ? Ce n’est pas de la grasse alimentaire et son ingestion pourrait lui être fatale ! Il ne peut s’attarder plus longtemps. Si on le trouve ici, c’est la mort assurée. Une balle dans la nuque. Pour s’être introduit dans un lieu interdit aux zeks. 

Il ne lui a fallu que deux minutes pour rejoindre son baraquement. Tous les autres détenus dorment. 
Epuisés. Il se glisse sans bruit vers le fond du dortoir en évitant de faire craquer le plancher. Là, il se dirige vers un petit réduit pouvant à peine contenir un homme. Une ancienne remise. Il referme la porte doucement et se met au « travail »… 


Il est plus de 22 heures ce 23 décembre 1951. 


Des gestes précis. De sa poche il a sorti un petit morceau de métal qu’il tord pour lui donner l’aspect d’une cupule. Un reste de boîte de conserve qu’il a ramassé il y a plusieurs jours et que les gardiens ont laissé traîner. Il sait aussi que ce « délit » peut lui coûter la vie, mais il n’en a cure. De l’étoffe de son vêtement, il prélève un morceau qu’il roule entre ses doigts gelés. Pour en faire un cordon. Il ne sent pas la douleur. Il faut faire vite avant que quelqu’un ne le surprenne. La graisse est tellement dure qu’il la travaille un peu pour la réchauffer. De son doigt, il va en mettre un peu dans la cupule, en y glissant le cordon qu’il laisse dépasser. 
Il craque une allumette et porte le feu vers la « mèche ». 
Pendant que la flamme s’élève, de se yeux coulent des larmes et ses lèvres ont murmuré :


« Béni soit-Tu Eternel Notre D.ieu, qui nous a sanctifié par Tes commandements et ordonné d’allumer les lumières de Hanoukka »… 

Il n’a pas entendu la porte s’ouvrir. Il se retourne et son cœur a cessé de battre. Dans l’embrasure du réduit, Stiva le fixe d’un œil vitreux. Il a l’air plus féroce que jamais. Il ne dit rien. Sa bouche s’est entrouverte comme pour lancer un juron mais ne peut prononcer un mot. Ils sont tous les deux comme pétrifiés. Les yeux dans les yeux… 
Derrière eux, la flamme s’élève, pure, noble, indépassable… 
Le gardien a fait comme s’il n’avait rien vu et referme la porte. 
Le bruit assourdissant que Leibl entend au loin et qui le paralyse, n’est que les battements de son palpitant qui cognent contre sa poitrine. 
Il vient de vaincre le Russe. 
Comme son peuple hier, il y a deux mille ans, les Séleucides. 
Devant la lumière, l’obscurité ne peut que reculer… 

Même au goulag, ce lundi 23 décembre 1951, c’est le premier jour de Hanoukka… 

C’est l’histoire d’un mensch**, qui n’en pouvait plus d’avoir faim… 


* Zek : un détenu. 
** Mensch : en yiddish, un homme. Un mec. Un vrai… 


http://www.guysen.com/article_C-EST-L-HISTOIRE-D-UN-MEC-_18306.html

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