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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 17:26


Jean de la fontaine
Décidément Jean de la Fontaine était un réel visionnaire, Alors aujourd’hui qui sont les cigales et qui sont les fourmis ? 

Par Yéochoua Sultan
 
Nous ouvrirons ces lignes en reprenant un peu la rhétorique d’une des fables les plus connues de la Fontaine, puisqu’elle est apprise par cœur en cours primaire. «Les cigales ayant chanté tout l’été se trouvèrent fort dépourvues lorsque la bise fut venue ; elles allèrent crier famine chez les fourmis leurs voisines, les priant de leur prêter quelques grains pour subsister jusqu’à la saison nouvelle.»
Comme dans le texte original, et comme le disait bien avant Esope et la Fontaine le roi Salomon, «Va voir la fourmi, fainéant!», les fourmis resteront dans ce propos le symbole du courage et les cigales de l’insouciance mal placée. A la différence près qu’il s’agira ici non pas d’individus mais de civilisations, les civilisations travailleuses et consciencieuses, d’un côté, et les civilisations incapables de mettre en valeur leurs ressources, de l’autre.
Bien que l’on puisse aisément admettre qu’à titre individuel, des ressortissants de pays qui ne font rien pour s’en sortir puissent honnêtement tenter leur chance ailleurs, et réussir, puisqu’ils ne quémanderont pas quelques grains mais se mettront sérieusement au travail et auront mérité le fruit de leur labeur, il ne faut pas se voiler la face vis-à-vis des autres, dont l’attitude est d’autant plus désobligeante pour les gens courageux venus des pays des cigales qu’elle les fait regarder d’un mauvais œil par généralisation du cas.
Déchantant en été et ne chantant pas, les cigales choisissent pour finir d’autres horizons, plus prospères. Le danger consiste à généraliser d’une manière abusive, et de prendre en pitié, dans les contrées des fourmis travailleuses, sans aucune distinction, tous les ressortissants de tous les pays cigaliens, qui en général se gaspillent en guerres de religions ou interethniques, en incluant dans le lot les plus grands fauteurs de troubles des pays de départ.
Aussi, l’ambiance tiers-mondiste se fait même en plein hiver une place au soleil des grandes villes européennes ou d’autres pays qui travaillent. Ce qui est plaisant au départ pour tout le monde, autant pour le nouvel arrivé que pour l’ancien habitant, c’est que des systèmes sociaux soutiennent les plus faibles économiquement. Le nouveau est très content de l’accueil, et l’ancien de ne pas avoir près de chez lui un dépouilleur potentiel.
L’ennui, c’est que ces systèmes ont été prévus pour soutenir l’équilibre social. Un demandeur d’emploi remerciera son pays de ne pas l’oublier le temps de retrouver un poste, de la même façon qu’il sait que lorsqu’il travaillait, ses cotisations servaient à soutenir des gens ayant enduré les épreuves qu’il éprouve à son tour. Il sait aussi que sa retraite est alimentée par la vie active, tout comme il payait au même âge celle des anciens du temps.
Le décalage entre les cultures des cigales et des fourmis veut que les premières passent de reconnaissantes pour le somptueux cadeau, manne inespérée et extraordinaire, à exigeantes, quand elles s’habituent à ne jamais rien faire d’autre qu’à protester si les allocations désignées par toutes sortes d’initiales administratives ne viennent pas assez vite ou ne sont pas assez larges ; et que les dernières croulent sous le déficit, se demandant bien quand les cigales aux circonstances atténuantes pour les uns et exténuantes pour les autres deviendront enfin des fourmis.
Mais c’est encore un problème dû au décalage des cultures, car les cigales trouvent normal qu’ayant gaspillé toutes les ressources de leurs pays, elles migrent vers les pays où il y a encore quelque chose à se mettre sous la dent. Après avoir razzié certaines latitudes, on razzie plus au Nord, à la grande lassitude des grandes fourmilières. Mais nous respecterons l’image choisie par le fabuliste et ne remplacerons pas le «concept» de cigale par celui de sauterelle.
Une autre anomalie consiste à l’extrême indulgence qui continue à rendre intouchables mais surtout à l’abri de toute critique les émigrants des pays où c’est l’été toute l’année, quand ils commencent à troubler l’ordre social des pays vers lesquels ils migrent. Les réfugiés menacés par les catastrophes humaines existent, autant que les victimes de catastrophes naturelles, mais la plupart des immigrants que peuvent voir arriver les fourmis dans leurs pays ne sont pas des apatrides.
Leurs différentes patries ne sont pas dépourvues de ressources, et ce sont même les plus riches en métaux et minerais précieux. En comparaison, les sols pauvres en pétrole, chez maintes fourmis, obligent leurs habitants à avoir des idées. Souvent, voire systématiquement, un manque d’humanité séculaire qui diffère peu de la mentalité qui dominait pendant les époques sombres et non encore totalement révolues de l’esclavage empêche les êtres humains employés aux pays des cigales d’avoir droit à un minimum de conditions de travail et de salaire.
La misère qui résulte de la mauvaise répartition du fruit de l’exploitation des ressources est édifiante. Les associations humanitaires, les vraies, pas celles qui engraissent par mauvaise pitié des terroristes déjà gras, s’emploient à œuvrer sur le terrain pour lutter contre la famine et la maladie. Des armes et du matériel de combat des plus sophistiqués sont achetés par des Etats qui ne mettent pas le moindre sou pour investir dans l’irrigation et l’exploitation du sol dans le secteur primaire, celui de l’agriculture et de l’élevage. Mais est-ce bien là le seul problème?
Ou alors, serait-on obligés d’approuver le célèbre hanteur, qui par ailleurs travaille comme la fourmi, quand il considère que la misère serait moins pénible au soleil? Pas facile!
Une troisième question qui saute tout de suite à l’esprit dans ce contexte reste celle de l’avancée du désert. Les hommes sont-ils les victimes du désert, au Sahara et au Sahel, ou est-ce le contraire qui est vrai? Ne serait-ce pas le sol qui serait la victime des débordements de l’espèce humaine?
Et pourtant, a priori, rationnellement parlant, la réalité d’Israël répond à ces trois questions. Du Sahel à Israël, il n’y a qu’un pas. Israël est contraint, en raison de son environnement inhumain et hostile motivé par le domaine de la guerre et une religion intolérante et destructrice, d’être à la pointe du progrès sur le plan de l’armement. Or, cet armement est destiné à garantir la paix et la prospérité de la population civile, mais il n’empêche pas le salaire minimum, 4100 NIS, les congés payés, les soins médicaux pris en charge et les indemnités en cas de perte de l’emploi d’exister.
Sur le plan du soleil et de la misère qu’un temps estival coriace devrait encourager au même titre qu’une prolifération de cigales, c’est en centaines d’heures qu’est évaluée la différence entre le temps de travail en Israël et des pays où le climat favoriserait selon le poète la prédominance des fourmis, en dépit du prétendu réchauffement climatique démenti par la conférence au sommet à ce sujet annulée à Copenhague il y a peu en raison d’un froid trop intense. Et ce ne sont pas les pays de l’hiver qui travaillent le plus.
Et en ce qui concerne la pauvreté des ressources et du sol, Israël bénéficie certes de la promesse de voir sa terre cesser d’être un désert dur comme le cuivre et reverdir à son retour, mais non sans efforts. Pour reprendre une autre célèbre phrase, «Aide-toi, le Ciel t’aidera». Israël développe depuis des dizaines d’années des systèmes d’irrigation de pointe, allant du goutte à goutte selon les besoins exacts de chaque espèce végétale et permettant d’en goûter les saveurs, à la récupération de l’eau par condensation de l’hygrométrie de l’air.
Des eucalyptus ont été plantés là où l’insalubrité l’exigeait, pour drainer l’eau croupie, siège du paludisme et de la malaria. Des haies de cyprès ont été dressées pour freiner le vent et le sable. Seulement, les cigales avoisinantes ne le comprennent pas et veulent par jalousie et mesquinerie dépouiller les Juifs de ce qu’ils obtiennent par leur labeur et la bénédiction du Ciel. Les cigales voient un pays verdoyant, un pays où le climat a été adouci, où des oasis transfigurent le désert.
Et, comparant le pays d’Israël au sol qu’elles occupent, les cigales en meurent de jalousie, protestent que les Juifs aient accaparé les terres les plus fertiles, et se mettent à convoiter un terrain dont elles n’ont fait que souligner la désolation pendant des siècles, comme cet ancien Turc qui a saisi la Cour suprême israélienne, voyant comment un sol rocailleux et à première vue sans valeur a été transformé en cité verdoyante où il fait bon vivre, s’étant soudain rappelé que les étrangers qui avaient occupé la terre d’Israël et perpétué la pauvreté avaient inscrit cette parcelle à son nom.
De la même façon, comment pourrait-on reprocher à des Israéliens d’être mécontents de voir affluer par milliers des ressortissants de Somalie et Erythrée qui n’ont rien fait de leur pays et qui viennent profiter du labeur d’une nation dont le sol n’avait rien d’enviable au départ, même comparé à celui des cigales?
Le seul angle sous lequel on pourrait approuver les migrations des cigales, puisque, une fois encore, c’est le terme qui a été choisi, serait de considérer que le dicton qui exige que les succès ne viennent qu’après l’effort devrait être réfuté et modifié en: «Tu peux toujours t’aider, le Ciel jamais ne t’aidera», et de considérer alors que ces pays et leurs habitants seraient désespérément maudits par D. jusqu’à la fin des temps. Mais pour s’en assurer, encore faudrait-il essayer! Comprenne qui pourra!
 Yéochoua Sultan pour israel-flash

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 08:45


Sandra Sarah Elkouby
A la fin de la guerre mondiale, quand de nombreux orphelins furent conduits dans des monastères, le Rav de Poniewitz zatsal apprit que dans un certain monastère, on avait pris plusieurs centaines d’enfants juifs. 


Le Rav s’occupa immédiatement de les sauver. 


En arrivant sur place, il se heurta à une grande opposition. Le directeur du monastère lui dit : « Il y a ici des petits orphelins du monde entier, personne ne sait qui est juif et qui ne l’est pas. Les enfants eux-mêmes sont trop petits, et c’est impossible à vérifier.» Le Rav insista et demanda à rentrer, assurant qu’il reconnaîtrait qui était juif.Mais le directeur du monastère refusa : il n’y avait aucun moyen de vérifier qui était juif, c’était du temps perdu. 


Le Rav supplia qu’on le laisse au moins voir les enfants pendant une minute. «Soixante secondes ? ricana le directeur, qu’est-ce que vous pouvez en faire ? » Il fit rentrer le Rav dans une grande salle où tous les enfants se trouvaient alors. Le Rav se tint devant eux et proclama à haute voix : Chema Israël, Hachem Elokeinou, Hachem e’had ! 


Tout à coup, quelque deux cents enfants sautèrent et s’avancèrent vers lui en disant : «Maman, Maman !»
- «Voilà les juifs !» dit le Rav, et il reçut la permission de les emmener.


 Le Rav expliqua au prêtre, qui était ému jusqu’aux larmes, que toute mère, quand elle met son enfant au lit, dit le Chema Israël, c’est pourquoi ils s’étaient souvenus de leur mère et de leur identité juive.
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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:00


J’ai grandi dans un foyer juif traditionnel à Cape Town. Ma mère allumait les bougies, mon père récitait le Kidouch tous les vendredis soirs, et le Séder de Pâques et le dîner de Roch Hachana constituaient des évènements familiaux incontournables. Le samedi matin, mon frère et moi allions généralement à la synagogue avant de rejoindre le terrain de foot, ou étant sud-africains, celui de cricket.
A la fac, j’étais sur la voie de devenir médecin lorsque je subis l’influence de certains courants de pensée laïque radicaux qui étaient en vogue au début des années soixante. Parmi ces derniers se trouvait la théorie économique et politique marxiste qui prônait l’existence d’une société sans classe et rejetait la religion conventionnelle qu’elle considérait comme « l’opium du peuple. » La religion n’était pas seulement perçue comme surannée et truffée de superstitions, mais également accusée d’entraver la lutte des hommes pour l’égalité parce qu’elle émoussait soi-disant leurs sens et les détournait de leurs objectifs révolutionnaires.
J’étais déterminé à apporter ma propre pierre à l’édifice de la lutte contre l’Apartheid.
En ma qualité d’étudiant jeune et idéaliste, je fus particulièrement sensible à cette rhétorique. C’était l’époque où, en Afrique du Sud, l’apartheid était à son paroxysme et Dr. Verwoerd poursuivait son projet raciste et suprématiste blanc avec zèle et détermination. Ses politiques causaient un tort indescriptible aux noirs en particulier et comme beaucoup d’autres étudiants à cette époque (des étudiants juifs en particulier), j’étais déterminé à apporter ma propre pierre à l’édifice de la lutte contre l’Apartheid. A cet égard, je fus déçu par le fait que, bien qu’il y eût certaines exceptions notoires, la plupart des dirigeants religieux n’avaient pas fait grand-chose en matière de prise de position contre l’Apartheid. Ce qui me conduisit à les considérer – et par extrapolation à considérer le Judaïsme lui-même - comme étant largement indifférents aux questions sociales brûlantes de l’époque.
Et c’est ainsi que débuta une dérive assez rapide en marge de mes racines juives. J’endossai mon rôle de fidèle de « l’Eglise du Socialisme » avec énergie et enthousiasme. Je me dis que je pouvais me sentir parfaitement à l’aise dans cette confrérie universaliste qui n’était pas basée sur un accident de naissance mais sur des valeurs et des idéaux communs. Je ne voyais plus d’utilité à la religion conventionnelle, ni non plus le besoin de croire en D.ieu.
Il m’arrivait parfois de ressentir quelques vagues tiraillements de malaise à propos de ma démarche, mais m’étant dévoué corps et âme à cette vision du monde, je sentais qu’aucun retour en arrière n’était envisageable. (Comme il est difficile d’admettre que l’on est dans l’erreur !) Lorsque j’étais confronté à certaines failles dans mon mode de pensée, je campais encore davantage sur mes positions et défendais mes points de vue avec encore plus de véhémence. D’ailleurs, je plaidais ma cause avec un tel acharnement que les gens étaient très souvent convaincus par mes arguments. Le problème c’était qu’en mon for intérieur, je n’en étais moi-même pas convaincu.
Le marxisme n’était pas la seule doctrine antireligieuse qui était en vogue à cette époque. Les théories de l’évolution de Charles Darwin et son œuvre surL’Origine des Espèces semblaient réfuter le caractère unique de l’être humain tout comme l’existence d’un Créateur. Dans ce même sac, se trouvait aussi la théorie de Sigmund Freud voulant que les pensées et les actions de l’homme soient le produit de pensées inconsciences qui ont leur racine dans la petite enfance et l’enfance. Cette approche déterministe du comportement humain jetait pratiquement aux orties le concept du libre-arbitre.
Bref, entre Marx, Darwin et Freud, il semblait que la religion formelle était destinée à échouer dans la décharge de l’histoire.
Recherche en psychanalyse
Je poursuivis ma vision choisie du monde pendant de nombreuses années après avoir terminé mes études et fondé une famille. Ma femme et moi élevâmes nos enfants avec le système de valeurs que nous avions embrassé depuis des années ; l’égalité sociale, généreusement saupoudrée des condiments culturels qu’étaient la musique classique, la littérature, l’art, le théâtre et cætera. Inconsciemment, j’aspirais à atteindre le salut spirituel à partir des sonates de piano de Beethoven, des opéras de Mozart, des œuvres littéraires et des philosophies laïques.
Mais en dépit de la satisfaction que ces derniers me procuraient, je demeurais au fond de moi secrètement conscient qu’un élément capital, un élément fondamental faisait défaut à ma vie. Et en dépit de toutes les rationalisations intellectuelles que je pouvais déployer, je savais instinctivement que la dimension manquante était d’ordre spirituel. Pourtant, je n’étais pas prêt à jeter aux oubliettes toutes les valeurs que j’avais portées aux nues jusqu’à ce jour, et je me trouvais incapable de réconcilier mes croyances actuelles avec d’autres qui semblaient se situer à leurs antipodes.
Jung maintenait que la religion était déterminante pour un développement psychique sain.
C’est à cette époque que je commençai à me plonger dans l’étude de la psychologie, et plus particulièrement de la psychanalyse. Outre le fait que j’avais toujours été un grand passionné du fonctionnement de l’esprit humain, ma motivation première était de parvenir à mieux me comprendre. Au fil de mes lectures, je découvris que la comparaison de la religion de Freud avec une « névrose obsessionnelle universelle » n’était pas partagée par tous ses disciples. Carl Jung, en particulier, rejetait cette vision et avançait que non seulement la religion n’était pas névrotique mais qu’elle était au contraire déterminante pour un développement psychique sain. Jung maintenait que la « partie religieuse de la psyché » était une réalité humaine universelle, une pulsion à part entière aussi puissante que le besoin d’assouvir sa faim, la pulsion sexuelle etc. Si cet aspect de la vie psychique était absent ou défaillant, la santé mentale du sujet se voyait sévèrement altérée.
Ces idées trouvèrent chez moi une bonne résonance, reflétant mon propre malaise spirituel. Je fus également impressionné par les écrits des jungiens modernes, notamment James Hillman (qui se trouve être Juif), qui écrivit que tout comme l’existence de la faim implique l’existence d’un estomac ou d’un organe similaire dans le corps, de même l’existence d’élans ou de ferveur religieux impliquent l’existence d’une âme ou d’une entité proche de celle-ci au sein de l’être humain.
Je me mis aussi à lire du mysticisme oriental, notamment du Bouddhisme Zen. Je fus fasciné par ses concepts intellectuels abstraits, même si je ne les ai jamais traduits dans la pratique. Je n’avais jamais été porté vers la méditation, et encore moins vers un mode de vie ascète qui percevait le monde matériel comme une illusion qu’il fallait transcender (au lieu , comme le perçoit le Judaïsme, d’une réalité à élever et à sanctifier). Je n’étais pas encore prêt pour le Judaïsme – je devais pour cela pousser ma réflexion encore un peu plus loin – mais les graines de ma renaissance spirituelles avaient d’ores et déjà été semées.
Sur le chemin du retour
Il fallut un évènement majeur de notre vie pour fournir le catalyseur de mon retour au Judaïsme. Cet évènement fut la naissance de notre fils Colin, en 1977, lorsque nos deux filles étaient respectivement âgées de 8 et 5 ans. Colin était issu, comme le dit l’euphémisme, d’une grossesse non planifiée. Nous pensions avoir bouclé notre petite famille avec nos deux adorables petites filles débordantes de créativité, mais D.ieu en avait décidé autrement. Nous acceptâmes la grossesse de ma femme d’assez bon cœur, en espérant que l’enfant fût une bénédiction pour nous. Une bénédiction, il le devint certainement, mais pas du tout de la manière dont nous nous y attendions.
A sa naissance, nous donnâmes à contrecœur notre accord pour la circoncision, et cela à la condition expresse que l’intervention soit effectuée par un docteur (qui était un ami et collègue juif), non pas par un mohel ou un rabbin.
Dès son plus jeune âge, Colin manifesta de sévères difficultés de développement et d’apprentissage. En tant que famille nous acceptames la situation du mieux que nous le pouvions et résolûmes de lui accorder tout le soutien dont nous étions capables. Avec l’aide de D.ieu et de nombreux amis attentionnés – et de son propre courage et sa détermination exceptionnels – Colin fit de beaux progrès dans son éducation et d’autres aspects de sa vie, en dépit de ses handicaps. Puis, à l’âge de 7 ans, un évènement surprenant se produisit : notre petit garçon commença à témoigner un vif intérêt pour le Judaïsme.
Il n’y avait pas d’explication apparente à cela. Bien qu’à sa propre demande il eut fait un peu d’école hébraïque, il n’avait reçu que très peu d’instruction juive dans les établissements spécialisés qu’il fréquentait, et certainement aucune à la maison ! Néanmoins, il insista qu’il voulait en apprendre plus sur le Judaïsme, et me tarabustait de l’accompagner à la synagogue. « Pourquoi les autres pères y vont avec leurs fils, tandis que moi, je dois y aller tout seul ? » protestait-il. J’essayais de jouer le rôle du parent tolérant mais qui sait fixer des limites : « Si tu veux te lancer dans ce genre de trucs, Colin, tu es libre de le faire, mais je t’en prie, n’essaie pas de me forcer à faire quelque chose auquel je ne crois pas. » Inutile de dire que ce plaidoyer tomba dans l’oreille d’un sourd.
Debout face à la porte d’entrée, il rêvait qu’une mézouza y soit placée.
Colin continua à me harceler, et entre temps, le samedi matin quand j’allais au travail, il se rendait à la synagogue puis au domicile de Rabbin Lazarus pour le déjeuner. Colin commença à demander de la nourriture cacher à la maison, et à nous supplier de mettre une mézouza à notre porte d’entrée. De nouveau, je pensais qu’il jouait simplement les capricieux, mais un jour, je vis Colin (qui ne savait pas que j’étais là) debout devant la porte d’entrée caressant le linteau de la porte, tout en formulant une prière sincère qu’elle soit un jour ornée d’une mézouza. Mon cœur fondit.
Quand il poussa la porte de la maison, je lui dis que oui, nous allions fixer une mézouza à la porte d’entrée. Rabbin Lazarus vint chez nous, il procéda à l’installation requise, et la joie de Colin ne connut pas de bornes.
Ce ne fut qu’une question de temps avant que mon engagement ne progresse davantage. Il n’y eut pas de lumières aveuglantes, mais plutôt une prise de conscience naissante que telle était la voie à suivre, et effectivement celle que nous aurions toujours dû suivre. A ce stade, j’accompagnais Colin à la synagogue les vendredis soirs et récitais le Kidouch de retour à la maison, mais rien de plus.
Et puis un soir, alors j’étais assis dans mon fauteuil, plongé dans la lecture de l’un des livres de psychologie jungienne de James Hillman, Le code caché de votre destin, je tombai sur le commentaire suivant :
Je crois que cette attitude paradoxale de la conscience face à l’ombre trouve une parfaite incarnation dans le mysticisme religieux juif où D.ieu possède deux aspects : l’un de justice et de droiture morales, et l’autre de merci, d’indulgence et d’amour. Les ‘Hassidim prônaient ce paradoxe et les récits qui circulent à leur propos démontrent leur profonde piété morale conjuguée à un amour incroyable de la vie.
Tandis que je lisais ces lignes, je me dis, calmement et tout naturellement : « Ca y est, je vais devenir un juif observant. » Dans cet instant assez peu théâtral, je sentis que j’avais reçu un « he’hcher – un tampon d’approbation – de devenir observant de la part d’un psychanalyste laïque.
Ma route vers l’observance complète des mitsvot progressa assez rapidement. Je fis l’expérience de l’étreinte chaleureuse du Chabbath. Enrouler les téfilines opère une fusion directe entre le physique et le spirituel, magnifique incarnation de la perception juive du corps humain comme ayant le potentiel d’être élevé et sanctifié par tous les moyens. Et l’étude de la Torah me captiva et me fascina comme aucune lecture laïque ne l’avait jamais faite, me faisant prendre conscience qu’elle prend sa source dans une Sagesse transcendant infiniment l’intellect humain.
Le judaïsme ne propose pas de « solutions éclair ».
Les réactions de ma famille et de mes amis furent mitigées. Par bonheur, ma femme suivit rapidement mes traces et devint pratiquante, tandis que mes filles acceptèrent de diverger sur de nombreux sujets sans pour autant altérer le lien particulièrement proche qui nous unissait. Certains de mes amis acceptèrent le changement, tandis que d’autres réagirent avec effroi et consternation et le sentiment d’avoir été trahis.
En me penchant rétrospectivement sur l’axe Marx-Darwin-Freud autour duquel ma jeunesse tournait, je m’aperçois que si ces disciplines font des observations correctes sur la nature de la société et la psyché humaine, leur défaut essentiel est de viser à réduire l’ensemble du comportement humain en des expressions relativement simplistes de leurs propres cadres de pensée étriqués.
Les marxistes nous faisaient croire que la société humaine est quasiment entièrement dominée par des forces et des motivations économiques, tandis que les autres facteurs, tels ceux culturels, psychologiques et religieux – sont soit ignorés soit réduits au carcan de leur cadre théorétique. La psychologie freudienne, d’un autre côté, s’évertue à réduire tout le comportement humain à une somme de pulsions sexuelles et agressives primaires (et inconscientes), nonobstant l’aspiration humaine à la satisfaction spirituelle qui se voit reléguée au vulgaire plan de « sublimation » des désirs et pulsions primitifs.
Le judaïsme, à l’opposé, reconnaît l’importance de tous les aspects de l’existence humaine – économique, légal, sexuel, psychologique, nationaliste, et d’une importance capitale, le spirituel. Par ce faire, le Judaïsme prend en compte la réalité de la nature humaine et ne prône pas des solutions irréalistes et utopiennes qui peuvent aboutir à des issues diamétralement opposées à celles qui avaient été envisagées.
Le judaïsme, à travers son système réaliste et holistique, ne propose pas de « solutions éclair », c’est un mode de vie qui doit devenir partie intégrante de la personne par le biais de la pratique et des efforts (notamment sur soi même) au quotidien tout au long de sa vie. Car c’est ainsi que toute démarche authentique et durable s’effectue.
Alors que Chavouot approche et que nous nous préparons à recevoir la Torah, je me remémore une citation de T.S. Eliot qui résume l’essence de mon existence : « Nous ne cesserons jamais notre exploration et le terme de cette quête sera l’endroit d’où nous étions partis et que nous connaîtrons pour la première fois. »
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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 17:22

Le Golem

Peu de personnes ignorent le Golem, cette créature étrange à laquelle donna le jour le célèbre Rabbi Judah-Leïb Loëwe, le Maharal de Prague, qui vécut il y a plus de 350 ans. De merveilleux récits au sujet de cet être étonnant nous ont été transmis de génération en génération. L'ancienne synagogue du Maharal, dans le vieux quartier juif de Prague, n'a pas cessé d'attirer nombre de visiteurs et de touristes, juifs aussi bien que non-juifs.

 
Non seulement parce qu'elle est l'une des plus anciennes de la ville, celle que fréquenta le Maharal, et où le siège qu'il occupait à côté de l'Arche Sainte est respectueusement gardé vacant, mais aussi parce qu'on affirme que les restes d'argile du Golem sont conservés au grenier de ce lieu de prière. Nul n'est autorisé à y monter. Et quand les visiteurs en demandent la raison, il leur est répondu qu'un souci de sécurité l'impose, car le toit, peu solide, pourrait s'effondrer. En fait, ce grenier fut interdit depuis de longues années, étant considéré comme un lieu sacré.

 
Les fausses accusations 

 
Enfants, nous n'étions pas en âge de comprendre grand-chose aux livres saints que le grand Maharal a écrits, et qui sont une source inépuisable d'inspiration. En revanche, nous étions fascinés par les récits sur le Golem, que le vieux Zékhariah, le Chammache de notre Beth Hamidrache, avait l'habitude de nous faire de temps en temps, et surtout pendant la fête de Pessa'h. Car le Maharal est né la première nuit du Sédère, et bon nombre des histoires sur le Golem se rapportaient à Pessa'h et aux terribles « Libellés du Sang » d'alors. Il était rare qu'une fête de Pessa'h passât sans une attaque, ou la menace d’une attaque, de la part d'une populace déchaînée et débordant de ressentiment contre les Juifs sans défense. 
C'est dans le but de protéger la communauté juive de Prague contre les fausses accusations et les attaques que le Maharal fit le Golem, un personnage d'argile, et lui insuffla la vie par l'invocation du Nom de D.ieu que seuls de saints Kabbalistes d'une valeur exceptionnelle connaissent. 

 
On affirme que la naissance même du Maharal mit en échec une telle accusation, comme l'atteste le récit suivant : 

 
Un provocateur 

 
Rabbi Betsalel, père du Maharal et chef de la communauté juive de Worms, était assis à la table du Sédère en compagnie de quelques invités de marque et d'un certain nombre d'indigents sans foyer. Quand, conformément à la coutume, le moment vint d'ouvrir la porte au prophète Élie, la femme de Rabbi Betsalel, enceinte de neuf mois, fut prise des douleurs de l'enfantement. Quelques invités se hâtèrent d'aller chercher une sage-femme. À ce moment précis, un individu d'allure louche profitait de l'obscurité pour s'approcher à pas feutrés de la maison de Rabbi Betsalel. Il portait sur l'épaule un sac contenant le cadavre d'un enfant chrétien. Son intention était de déposer son sinistre ballot dans la cave du rabbin, afin que ce dernier fût accusé, avec preuves à l'appui, de « meurtre rituel ». 

 
Mais voyant la porte de la maison s'ouvrir avec fracas, et plusieurs hommes se précipiter au dehors, le traître prit peur et s'enfuit. Il tomba sur une patrouille de police. Un homme qui court en pleine nuit ne peut qu'éveiller les soupçons. On l'arrêta et le cadavre de l'enfant fut découvert. Pris de panique, le gredin reconnut sans peine que des comploteurs l'avaient chargé, moyennant rémunération, de déposer le sac avec son macabre contenu dans la cave de Rabbi Betsalel. Ainsi, avant même que de naître, le Maharal sauvait la communauté juive d'un terrible « Libellé du Sang ». 

 
Quand il devint Der Hohe Rabbi Loëwe, le Grand-Rabbin de Prague, le péril était grand pour les Juifs. Un moine nommé Tadeusz, antisémite notoire, suscitait et entretenait l'agitation contre les Juifs, se livrant à toutes sortes de machinations destinées à leur nuire. Cela ne laissait pas d'inquiéter beaucoup le Maharal ; il priait constamment D.ieu de leur venir en aide. Puis, il eut un songe dans lequel lui fut indiquée la conduite à tenir en ces circonstances. 
Le lendemain matin, il fit appeler son gendre et son disciple le plus proche, et leur fit part du secret que le Ciel lui avait révélé. « Nous trois, nous constituerons un Beth Din (Cour de Justice) régulier, et nous ferons un Golem d'argile qui nous aidera à nous défendre contre nos ennemis », conclut-il. 

 
Naissance du Golem 

 
Les trois hommes se rendirent au Mikvé où ils se sanctifièrent trois jours durant, se livrant aux prières et au jeûne, et purifiant leurs esprits et leurs cœurs avec une concentration extrême. A l'aube du troisième jour, ils préparèrent un paquet de vêtements de la taille d'un homme normal, et l'emportèrent à un endroit hors de la ville, non loin de la rive du fleuve. Là, ils modelèrent une statue d'argile ayant l'apparence et la taille d'un homme ; il était dans une position inclinée, et son visage tourné vers le ciel. 

 
Le Maharal dit à son gendre, qui était un Cohen, d'accomplir sept Hakafoth (tours) autour du Golem tout en concentrant son esprit sur certains Noms et certaines lettres, saints les uns et les autres, et que le Maharal lui avait préalablement révélés. Puis il dit à son disciple, qui était un Lévite, de faire de même. Enfin, le Maharal accomplit à son tour les sept Hakafoth autour du Golem inerte. Ayant achevé le dernier tour, il posa un parchemin portant inscrit le Nom de D.ieu, sur les lèvres de la statue d'argile. Puis tous ensemble, ils récitèrent avec une grande concentration le verset des Écritures Saintes : « Et Il souffla dans ses narines un souffle de vie, et l'homme devint un être vivant. » Verset qu'ils répétèrent sept fois. À ce moment, le Golem ouvrit les yeux. Alors, le Maharal lui ordonna de se lever et de se couvrir avec les vêtements qu'ils lui avaient apportés. 
Yossel Golem 
« Ton nom est Yossel », dit le Maharal au Golem. « Je t'ai créé avec l'aide de D.ieu, afin que tu accomplisses la mission Divine de protéger les Juifs contre leurs ennemis. Tu obéiras à tous mes ordres, car tu n'as aucune volonté propre. Ta place sera à l'intérieur du Beth Din et tu rempliras les fonctions de Chammache (bedeau) ». 

 
Ceci fait, les trois hommes prirent le chemin de la ville, suivis par le Golem. Il avait, comme nous l'avons dit, l'apparence d'un homme ordinaire, encore que ses mouvements eussent une certaine raideur. Muet — car le Maharal ne l'avait pas doté du don de la parole —, il était dépourvu de toute pensée et de toute intelligence. 
On donna vite au nouveau bedeau le sobriquet de Yossel Golem. Toute la journée il demeurait assis au Beth Din, ne disant rien, ne faisant rien, le regard vide. Lui adressait-on la parole ? Il ne réagissait point, n'ouvrait jamais la bouche. Son visage s'animait seulement quand le Maharal lui parlait ; alors il écoutait attentivement, humblement, puis partait exécuter ponctuellement l'ordre reçu, quel qu'il fût. 
Le Maharal envoyait le Golem patrouiller dans le ghetto. Il avait fort à faire surtout durant la période — la plus dangereuse pour les Juifs — allant de Pourime jusqu'après Pessa'h. Le Golem, obéissant à l'ordre de son maître, arpentait les rues étroites du ghetto. Il avait un flair, dont l'avait doté le Maharal, pour détecter dans le noir un ennemi des Juifs, quel qu'il fût. Il était à la fois puissant et agile. 

 
Sa proie ne pouvait espérer lui échapper. Le Golem capturait le chenapan, le garrottait, et le transportait comme un ballot jusque devant l'Hôtel de Ville, où il l'abandonnait. Cela fait, il disparaissait, et reprenait le chemin du Beth Din où il regagnait la place qu'il occupait habituellement quand il n'avait pas de mission à accomplir. Ainsi le Maharal, avec l'aide de son Golem, déjouait les complots de Tadeusz, qui mettait à contribution jusqu'à la magie noire pour nuire aux Juifs. 
Tels étaient les récits que nous faisait le vieux Zékhariah sur le Golem. Un jour, lisant quelque frayeur sur nos visages, il nous conta pour nous dérider l'histoire suivante. 

 
La maison inondée 

 
On était à Erev Pessa'h, et la femme du Maharal était occupée à préparer la maison pour la fête. C'était une tâche fatigante ; aussi, à un moment, demanda-t-elle à son mari de permettre à Yossel Golem de l'aider. Le Maharal ordonna à ce dernier de faire ce que la Rebbetsine lui demanderait. Celle-ci lui dit d'aller chercher de l'eau du puits et de remplir le tonneau qui se trouvait à la cuisine. Yossel Golem prit les deux seaux qu'elle lui tendait et se dirigea vers le puits. Obéissant, il les remplit d'eau et alla les vider dans le tonneau. Il ne fallut pas longtemps pour que celui-ci fût plein. Mais le Golem, comme si de rien n'était, continuait son travail. Le tonneau déborda, mais l'automate poursuivait sa tâche, apparemment ne s'apercevant de rien. Et il continuait de verser de l'eau dans le tonneau depuis longtemps déjà plein. Quand la Rebbetsine accourut, la cuisine et le salon étaient inondés. « Arrête ! Arrête ! » cria-t-elle affolée ; mais Yossel n'écoutait point. Elle courut au Beth Din. « Ton Golem est en train d'inonder la maison », dit-elle hors d'haleine à son mari, « et si tu ne l'arrêtes pas à l'instant, c'est toute la ville qui va être inondée ! » 

 
Le Maharal se précipita vers la maison. Il ordonna au Golem de s'arrêter ; ce qu'il fit sur-le-champ. L'histoire, quand elle fut connue, amusa toute la ville. Yossel Golem avait failli provoquer un déluge aussi grave que celui du temps de Noa'h ! Quant à la Rebbetsine, ce fut la première et la dernière fois qu'elle demanda de l'aide à l'étrange personnage. 

 
Quand la situation des Juifs s'améliora et que le Golem eut achevé sa mission, le Maharal lui ordonna de l'accompagner au grenier de la synagogue. Là, il lui dit de se coucher et d'ouvrir la bouche. Le saint Rabbi retira le parchemin sur lequel était inscrit le Nom Divin et dit au Golem : « Tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. » Instantanément, ce dernier devint un monceau d'argile. 

 
Ce fut la fin du Golem. C'est aussi la fin de notre récit.
 
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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 13:19
 La maison du Baal Shem Tov ou Rabbi Na'hman passa les premières année



Rabbi Na'hman de Breslev  Historique

LA VIE DE RABBI NA'HMAN

Lorsque Rabbi Israël Baal Shem Tov quitta l'Ukraine pour se rendre en Terre d'Israël dans le but d'y rencontrer le Saint Rabbi `Haïm Bènatar (Or Ha'Haïm) — et l'on peut s'imaginer ce qu'une telle rencontre aurait pu produire — les forces du mal, sentant leur fin venir, s'acharnèrent à entraver le projet. 


Après une escale mouvementée à Istamboul, le Baal Shem Tov prit la mer en compagnie de sa fille Odel. En pleine mer, une terrible tempête se déchaîna et le pire était à craindre. Par ordre du Ciel, on fit comprendre au Tsadik que la mer ne se calmerait que s'il sacrifiait l'un des deux trésors qu'il transportait: ses écrits ou sa propre fille! Odel était une grande Tsadèkèth, initiée par son père et inspirée par le Roua'h HaKodesh. Elle comprit devant quel dilemne son père était placé et spontanément se proposa de sauter à la mer. Mais elle se rétracta: elle venait d'avoir une prophétie. Elle dit à son père: jette les écrits car de moi sortira un petit-fils qui écrira des choses encore plus belles!' (Otsar chèl Yrath Chamaïm). 
Odel et son époux Rabbi Ye'hiel eurent trois enfants : Rabbi Baroukh de Medzibezh, Rabbi Ephraïm de Soudylkov et Feïga. Cette dernière épousa Rabbi Sim'hah, un des fils de Rabbi Na'hman Horodenker, élève du Baal Shem Tov. Après la mort de l'aïeul, c'est Feïga qui hérita de la maison de Medzibezh où naquit leur fils Rabbi Na'hman, le ler Nissan 5532 (4 Avril 1772).

ENFANCE A MEDZIBEZH


Les murs de cette maison résonnent encore des plus grandes heures de l'histoire contemporaine: celles, où, par amour pour 
son peuple, Dieu envoya sur terre la Lumière de la 'Hassidouth. Mais cette année 5532 est le témoin d'un certain déclin : le Baal Shem Tov a quitté le monde depuis quelques années; à son tou? , son successeur, le Maguid de Mezhrich vient de disparaître et le terrible décret d'accusation vient d'être prononcé contre le mouvement `Hassidique. Ceci n'empêche pas les plus éminents Tsadikim, maîtres et élèves, de propager leur enseignement et de se regrouper souvent. La maison de Medzibezh est leur lieu de rencontre favori. Là, on sent encore l'atmosphère du Tsadik; là, s'échangent les plus profondes découvertes mystiques; là, se chantent les mélodies de l'espoir et du renouveau. Et c'est dans une telle ambiance de ferveur et de joie, de grandeur et de recherche du Vrai, que grandit le jeune Na'hman. Très gai et enjoué dans sa plus tendre enfance, Rabbi Na'hman attend l'âge de six ans pour commencer son cheminement vers la perfection. 


Il apprend à dominer son corps, à briser ses instincts et à éduquer son caractère. Il s'adonne passionnément à l'étude, allant jusqu'à payer son maître pour chaque page de Guemara supplémentaire qu'il étudiera avec lui. Il se réfugie dans les roseaux du fleuve à bord d'une petite barque, et commence un dialogue avec le Créateur, dialogue qui ne cessera plus. Dans son grenier, dans la forêt, ou sur le fleuve, il passera des années à élever son âme très pure, à travailler les ouvrages de Moussar, les lisant tous avec avec la même soif de connaissance.Il se consacre plus particulièrement à l'étude du Reshit 'Hokhmah de Rabbi Moshé De Vidas, élève du célèbre Rabbi Moshé Cordovero. A grand-peine et de toutes ses forces, il cherche, il travaille, il s'affaire, mais son souci majeur demeure la discrétion. Nul ne soupçonne rien de son évolution, certains vont jusqu'à penser qu'il déshonore, par son apparente désinvolture, la haute lignée dont il est issu (Baal Shem Tov, Maharal de Prague, Rav Haï Gaon, Mar Shmouel descendant de Zorobabel, descendant de 


Yoïakhin, Roi de Judée, de la Maison de David). Quand, celui qui l'avait réprouvé et qui l'avait giflé pour le corriger, le découvre quelques jours plus tard en extase et en larmes, priant au coeur de la forêt, il implore son pardon; mais Rabbi Na'hman ne le lui accorde qu'à condition qu'il ne dévoile pas ce qu'il a vu.... 


Sept années s'écoulent pendant lesquelles l'enfant prépare toute la base de son oeuvre future. A l'âge de treize ans, le voici Bar-Mitsvah, au plein sens du terme, ayant pris sur lui, de tout son être, le joug des Mitsvoth. 

LE MARIAGE ET LA PERIODE D'HUSYATIN

Après la Bar-Mitsvah, il épouse Sashia, fille de Rav Ephraïm d'Husyatin. Il passera cinq ans dans la maison de son beau-père, se consacrant exclusivement à ses recherches. Retiré du monde, très caché, il s'adonne à une véritable ascèse, jeûnant très fréquemment d'un Shabath à l'autre. Il découvrira et connaîtra toutes les collines, et tous les bois des environs, qu'il comparera plus tard au Jardin d'Eden, tant il apprit à y découvrir la Présence Divine, par les jours et les nuits d'Hitbodedouth qu'il y fit. 
C'est pendant cette période que son premier élève et `hassid, Rav Shimon, s'attachera à lui et deviendra son fidèle serviteur jusqu'aux dernières heures de sa vie. 

MEDVEDEVKA

Mais la mère de Sashia meurt et la nouvelle épouse de Rav 
Ephraïm ne favorisera pas la recherche du jeune Maître. Agé de 
dix-huit ans il quitte Husyatin et installe son foyer dans une 
bourgade voisine, Medvedevka, où il passera dix ans de sa vie. 
La communauté locale reconnaît la valeur du Tsadik et lui 
accorde une pension pour lui permettre de poursuivre son oeuvre. Très vite, de nombreux adeptes accourent. Parmi les plus éminents, Rabbi Dov de Tsherin, Rav Shmouel Aïzik, puis Rabbi Yehoudah de Dashiv. Ce dernier, kabbaliste émérite et disciple de prestigieux Admorim (Maîtres `Hassidiques), avait lui-même formé un mouvement qu'il dirigeait dans la ville de Dashiv. Dès qu'il connut Rabbi Na'hman, il abdiqua son titre de Maître et invita ses élèves à le rejoindre au rang des adeptes, à Medvedevka. Rabbi Yehoudah, en compagnie de Rav Shmouel Aïzik, fera souvent à pied les deux cents kilomètres qui séparent Dashiv de Medvedevka. 


Alors qu'il était plus âgé et très célèbre dans cette région, un élève du Maguid de Mezhrich, Rabbi Yékoutiel de Tirovitsa, n'hésita pas à quitter lui aussi sa position de Maguid pour s'attacher à Rabbi Na'hman. "Je suis expert en Tsadikim, déclara-t-il, et je me suis attaché à un enfant..." 
On rapporte à propos de Rabbi Yékoutiel, qu'il connaissait les mélodies du Livre des Psaumes, telles que le Roi David lui-même les chantait. 


Rav Na'hman eut également plusieurs rencontres avec Rabbi Schnéour Zalman de Lyadi, fondateur de la `Hassidouth 'Habad. Les deux Tsadikim entretinrent d'excellents rapports, et beaucoup plus tard (après que Rabbi Na'hman eut quitté ce monde) la fille de Rabénou épousa le petit-fils du Baal HaTanya, comme Rabbi Na'hman l'avait prédit. C'est à partir de Medvedevka que Rabbi Na'hman entreprit son voyage pour la Terre d'Israël. Au retour de ce voyage, le Tsadik ne resta pas plus d'une année dans cette ville. 

LE VOYAGE EN TERRE D'ISRAEL




Agé de vingt six ans, en 5558 (1798), Rabbi Na`hmân cherche un compagnon de route et entreprend son voyage. La Terre Sainte se situe au sommet de ses aspirations, elle occupe dans son oeuvre une place primordiale; ce voyage sera décisif quant à l'orientation de sa `Hassidouth. Ce voyage extraordinaire est décrit dans Shiv'hé HaRan (dont une excellente traduction en anglais a été publiée). Outre ses raisons secrètes, le voyage présente par ses aspects anecdotiques une séquence passionnante. Si nous ne parvenons pas à déceler ce que cachent les actions de Rabbi Na'hman, au moins y découvrons-nous un esprit de sacrifice hors du commun et qui nous édifie quant au dévouement nécessaire à l'accomplissement de son idéal! A l'instar de son aïeul, le Baal Shem Tov, Rabbi Na'hman eut à affronter les forces du mal qui s'acharnèrent par toutes sortes de subterfuges à entraver ses projets. 
Cependant, la devise de Rabénou était de ne jamais se 
résigner: GEWALD ! ZEIT AIKH NIT MITHYAESH! (Likouté Moharan II, 78). Ainsi, avec un courage illimité, une force d'acier, il atteindra son but et foulera le sol de la Terre Sainte. Ses efforts seront couronnés de succès. Il atteindra son but et aussi court que fut son séjour en Terre Sainte (il n'y resta que quelques mois), il déclarera avoir atteint là-bas des sommets spirituels plus importants et plus élevés que ceux qu'il avait atteints au cours de toutes ses années précédentes. 
Safed et Tibériade furent ses villes d'élection. Il y rencontra les pionniers des colonies `Hassidiques, élèves du Maguid de Mezhrich, tels que Rabbi Avraham de Kalisk, Rav Wolf de Tsherni-Ostra et d'autres chefs spirituels avec qui il échangea d'importantes découvertes. 


Le retour, tout aussi mouvementé que l'aller, faillit se solder 
par un drame: des marins turcs capturèrent Rabbi Na'hman et son compagnon. Ils parlaient de les vendre comme esclaves sur les marchés de la lointaine Arabie. Nullement décontenancé, Rabbi Na'hman songea alors aux moyens qu'il devrait découvrir pour servir Dieu, loin des centres de Torah, et privé des moyens de faire les Mitsvoth. 
Mais, après une succession de miracles, Rabbi Na'hman atteignit le rivage turc, puis le Golfe de Crimée. Quelques temps après, il se retrouva à Medvedevka parmi ses élèves qui l'attendaient impatiemment. Le voyage en Terre Sainte deviendra une tradition très jalousement gardée parmi les `Hassidim de Breslev. Après le départ de Rabénou, Rabbi Nathan fera aussi son voyage. Puis, quelques décennies plus tard, les premiers petits groupes de • `Hassidim tenteront l'aventure et iront s'installer en Terre d'Israël, malgré la famine et l'insécurité qui y régnaient. 
Mais voici que le ciel s'assombrit. Les forces hostiles qui n'ont pas réussi à entraver le voyage vont tenter par un autre moyen de cacher au monde la lumière du Tsadik. Des complots vont s'ourdir contre le Maître et ses disciples. Rabbi Na'hman, qui vit dans cet état de fait une regrettable nécessité, déclara dès son retour: "Je vous rapporte un cadeau d'Erets Israël: la controverse!" 

LA PLUIE QUI FERTILISE


Cette terrible querelle qui va poursuivre Rabbi Na'hman de son vivant, éclatera de façon encore plus virulente contre Rabbi Nathan et ses proches amis. Sur les centaines d'adeptes qui se rejoignirent au Kiboutz d'Ouman pour le dernier Rosh HaShanah de Rabbi Na'hman, CINQ seulement resteront entièrement fidèles à leur Maître après son départ de ce monde! Mais le noyau se reformera et, grâce aux efforts inlassables de Rabbi Nathan, le 


18 RABBI NA'HMAN DE BRESLEV 


Kiboutz continuera d'années en années jusqu'à nos jours, où il compte plus d'un millier d'âmes. 
Rabénou aurait pu faire suffisamment de concessions pour apaiser les esprits, mais ce qui importait avant tout à ses yeux, c'était l'authenticité de son message. Pour ne pas trahir ce dernier, et pour lui permettre d'atteindre son but, il fallut accepter de faire face aux fausses accusations qui sont le propre de l'incompréhension. Il en fut de même pour Yosseph, pour le Roi David, pour Maïmonide et tant d'autres Tsadikim authentiques qui durent, pour enrichir le patrimoine d'Israël, accepter d'être incompris, rejetés, voire bannis momentanément. N'oublions pas qu'il fallut attendre quatre siècles avant que le livre des Psaumes soit reconnu! Mais cet antagonisme, bien que fort condamnable en soi, est en revanche indispensable à l'éclosion de certaines idées. Dans Likouté Moharan (I, 61) Rabbi Na'hman compare la querelle avec le Tsadik à l'eau de l'averse qui fait pousser la plante. Dans un autre passage (Likouté Moharan II, 13), il relève le verset biblique: `Et Pharaon rapprocha' (Exode, 14:10). En effet, Pharaon rapprocha les enfants d'Israël de l'Eternel, car en les poursuivant, il les poussa vers les rivages de la Mer Rouge où eut lieu la plus grande des Révélations! 
En tout cas, l'attitude que nos Maîtres recommandent, face aux attaques, est le silence. Et si les `Hassidim de Breslev ont accepté d'être incompris, ils le font en silence et dans la joie, forts de savoir que ce n'est qu'à ce prix qu'ils pourront porter l'étendard du Tsadik. 
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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 19:01


11 mai 1960. Un commando venu d'Israël enlève un ouvrier argentin : Adolf Eichmann

La journée s'achève pour Ricardo Klement, contremaître exemplaire de l'usine Mercedes-Benz de Buenos Aires. Contrairement à son habitude, il rate le bus qui doit le ramener dans son quartier. Alors il patiente sagement vingt minutes pour monter dans le suivant. Avec sa mine d'angelot, sa vieille salopette bleue, ses petites lunettes sur le nez et son crâne à moitié chauve, on lui donnerait Yahvé sans circoncision... Il présente l'image d'un bon père de famille qui revient chez lui après une dure journée de labeur. Qui pourrait croire que ce petit bonhomme de 54 ans n'est autre qu'Adolf Eichmann ! L'un des plus célèbres criminels de guerre encore en liberté, l'exécuteur de la solution finale ! C'est inimaginable : l'homme qui fit exterminer les Juifs à la chaîne travaille désormais sur une chaîne automobile. 
Eichmann descend du bus pour achever à pied les quelques centaines de mètres qui le séparent de sa maison de San Fernando, une commune miteuse de la banlieue de Buenos Aires. Comme il dépasse une voiture à l'arrêt, un homme penché à la portière se redresse pour lui jeter : "Un momentito, señor." D'instinct, Eichmann sent quelque chose de louche, il commence à courir, mais l'inconnu lui saute immédiatement dessus. L'ex-nazi hurle comme un goret qu'on égorge. 


Il se débat. Un deuxième colosse sort de la bagnole pour lui immobiliser les jambes, puis un troisième. Ses agresseurs l'enroulent dans une couverture avant de le flanquer dans la bagnole qui démarre en trombe. Le Mossad israélien vient d'enlever l'architecte de la solution finale, Adolf Eichmann ! Au nez et aux papillotes des autorités argentines.
"Papa !"La présence d'Eichmann à Buenos Aires remonte au 14 juillet 1950, après qu'il a bénéficié d'une filière d'exfiltration organisée par des hommes d'Église. Ah, la charité chrétienne ! Il dispose d'un passeport au nom de Ricardo Klement. L'ANPE locale ne pouvant lui trouver un emploi correspondant à sa qualification dans un abattoir, il doit se contenter de modestes postes de mécanicien. En juin 1952, il fait venir son épouse et ses deux fils. La vie est belle, et son épouse encore désirable. Il en profite pour lui faire un troisième fils. Un bon petit nazi pour l'avenir. Comme ses deux fils aînés ont conservé leur passeport au nom d'Eichmann, il les fait passer pour ses neveux. 


Le SS-Obersturmbannführer aurait pu continuer à se la couler douce jusqu'à son dernier souffle de bon aryen si Klaus, son fils aîné, complètement idiot, ne s'était pas vanté en 1957 auprès d'une amie que son père était un grand nazi. Or cette charmante confidence ne tombe pas dans n'importe quelle oreille, mais dans celle de Sylvia Hermann, fille de l'avocat Lothar Hermann, Juif allemand qui s'est installé à Buenos Aires après avoir survécu à Dachau.
Quand celle-ci rapporte la vantardise à son père, celui-ci a du mal à croire que ce jeune Eichmann puisse être le fils du bourreau de son peuple. La coïncidence serait trop énorme. Néanmoins, on ne sait jamais. Aussi charge-t-il Sylvia de tendre un piège au père de son ami en allant le trouver chez lui. Ce qu'elle fait. Elle frappe à la porte et, quand elle se trouve en face du supposé Klement, elle lui demande s'il est bien M. Eichmann, le père de son ami. Celui-ci, ne tombant pas dans le piège, répond que son nom est Ricardo Klement, qu'il est l'oncle du jeune homme. Sylvia demande alors l'autorisation d'attendre Klaus. 


Quand celui-ci arrive enfin, elle l'entend saluer son cher oncle par un "papa". La triple andouille ! Quand Lothar est mis au courant, il envoie aussitôt un courrier à son ami Fritz Bauer, procureur du district d'Essen, pour lui faire part de ses soupçons. Plutôt que de transmettre l'information à sa hiérarchie, qu'il sait infiltrée par d'anciens nazis, Bauer avertit directement le Mossad.
Opération AttilaL'information arrive à point nommé. Depuis quelque temps, David Ben Gourion, premier ministre d'Israël, cherche un gibier de choix pour organiser le "Nuremberg du peuple juif". Eichmann fera parfaitement l'affaire. L'opération Attila est déclenchée. Il faut quand même encore deux ans pour que le Mossad localise l'adresse d'Eichmann, l'identifie formellement et monte une opération d'enlèvement. C'est le chef du Mossad en personne, Isser Harel, qui est chargé d'exfiltrer Eichmann. Un commando de treize agents triés sur le volet est chargé de la mission ultra-secrète. À sa tête : Rafael Eitan, assisté d'Avraham Shalom. Il y a aussi Dani Shalom, le spécialiste des faux papiers, Efraim Ilani, qui connaît l'Argentine comme sa poche, Zeev Keren, l'homme à tout faire, Zvi Malkin, le pro du camouflage, Zvi Aharoni, l'interrogateur hors pair qui parle couramment allemand. Entre le 24 et le 30 avril 1960, les membres du commando repèrent leur proie et notent ses habitudes. 


Ils louent des voitures et des appartements pour servir de planques. Ils s'entraînent inlassablement. Quand le dispositif est au point, Isser Harel débarque à Buenos Aires pour diriger la manœuvre. Il s'agit d'être très prudent car la ville grouille de flics. En effet, le pays fête le 150e anniversaire de son indépendance, ce qui a attiré des dizaines de délégations étrangères dont il faut assurer la protection. Notamment la délégation israélienne, qui se révélera très utile pour rapatrier Eichmann. L'enlèvement est donc prévu pour le 11 mai.
Ce jour-là, le commando attend, dans une voiture, le bus habituellement emprunté par le modeste employé de Mercedes. Le voilà. La tension monte. Merde ! Il ne s'arrête pas ! Leur proie n'est pas là. Que faire ? Moment d'hésitation. Certains veulent s'éclipser pour revenir un autre jour. Mais Rafael Eitan insiste : peut-être que l'homme a raté son bus. Effectivement, Eichmann descend du suivant. Zvi l'intercepte. Il est donc alpagué et balancé dans la voiture en s'entendant menacé de mort s'il continue à hurler comme un porc qu'on châtre. Soudain Eichmann comprend que son passé l'a enfin rattrapé. Fini de jouer. Les Juifs l'ont rattrapé, son compte est bon.
"Ton nom ?"Le commando conduit sa prise dans une planque dont une pièce a été insonorisée. Les yeux bandés, pauvre petit Adolf est attaché à un lit. Le médecin du groupe vérifie qu'il ne planque pas sur lui une capsule de poison, il s'agit de le ramener vivant en Israël. Aharoni peut alors commencer l'interrogatoire en allemand. Son nom ? "Ricardo Klement." Et avant ? "Otto Henninger", un autre pseudonyme utilisé par Eichmann. Durant deux heures, Aharoni le bombarde de questions portant sur sa famille, sa taille de chemise, la pointure de ses godasses, son numéro SS, tout y passe. Le nazi finit par craquer. Ton nom ? "Adolf Eichmann." Immense soulagement des agents du Mossad, ils se serrent tous spontanément la main. Deux d'entre eux partent prévenir le chef du Mossad, qui, par mesure de sécurité, est resté à l'écart de l'enlèvement. 


Il patiente au café de l'Opéra. Quand le chef du Mossad voit arriver ses hommes arborant un grand sourire, il comprend qu'ils tiennent leur homme. Reste à le rapatrier en Israël. Durant plusieurs jours, Eichmann est gardé dans la planque où Aharoni parvient à le convaincre de coucher par écrit sa volonté de se rendre de son plein gré à la justice israélienne.
Mais pas question de l'embarquer officiellement. Les autorités argentines n'accepteraient de le laisser partir entre deux agents du Mossad. Les Israéliens ont donc préparé un scénario osé, mais qui peut marcher. Ils ont prévu d'embarquer leur victime dans l'avion d'El Al spécialement affrété pour ramener en Israël la délégation officielle venue célébrer les 150 ans de l'Argentine. Les membres du commando et Eichmann enfilent un uniforme de la compagnie, puis le médecin injecte une bonne dose de sédatifs à leur prisonnier pour qu'il ait l'air fin saoul. Ça marche du tonnerre. Les flics argentins chargés du contrôle des passagers chambrent les Israéliens qui ne tiennent pas l'alcool. 


Les voilà qui montent dans l'avion. Tant que celui-ci ne décolle pas, ils retiennent leur souffle. Enfin, les roues quittent le sol. L'un des plus grands criminels de l'Allemagne nazie est en route pour son procès en Israël. Le champagne est débouché dans l'avion. Des cris de joie s'élèvent. Eichmann sera pendu le 31 mai 1962 à minuit. Depuis quelques mois, l'usine Mercedes de Buenos Aires a un nouveau contremaître...
Source : LePoint.fr, 10 mai 2012. Par FRÉDÉRIC LEWINO ET GWENDOLINE DOS SANTOS.
 
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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 18:18
J’étais assise, les jambes croisées, sur le sol de la salle d’attente de mon gourou, entourée d’une dizaine d’autres disciples, tous Indiens. À quelques mètres devant moi, sur son divan, siégeait mon gourou octogénaire, le célèbre pontife Sri Gopinatg Kaviraj, le directeur à la retraite du Varanasi Sanskrit College.
J’étais venue présenter mes adieux. Après un an en Inde, j’avais fixé mon départ au matin suivant. Mon gourou m’avait enseigné les différents niveaux de réalité : physique, émotionnelle, mentale, astrale et spirituelle. Il m’avait aussi enseigné à méditer, un moyen d’arriver au niveau de réalité le plus haut, le spirituel.
J’abordais le monde spirituel comme une touriste émerveillée.
Élevée dans un judaïsme traditionaliste où Dieu et l’âme n’étaient jamais mentionnés, j’abordais le monde spirituel comme une touriste émerveillée conduite par son guide vers un domaine fantastique jamais mentionné dans les guides ordinaires. La méditation était la clé de cette porte vers ce monde autrement impénétrable. Je me levai à quatre heures du matin, lorsque la tranquillité de ce moment avant l’aube donnait des ailes à mon esprit encore clair, et je méditais pour une heure, vivant parfois une extase ; j’hésitais alors à retourner à la lourdeur pénible du monde matériel.
À ce moment-là, ma dernière audience avec mon gourou, j’étais impatiente de poser une question qui me tourmentait. Cette année-là, j’avais trouvé un but auquel consacrer ma vie : la conscience de Dieu. Or, comment étais-je supposée mener mon existence d’une manière à ne pas me laisser distraire ou perdre dans le labyrinthe des problèmes et des choix qui m’entouraient ?
D’une part, je souhaitais rester en Inde, mais mon père insistait pour que je retourne à l’université Brandeis pour finir ma dernière année. Et ensuite ? Devais-je entrer à l’école de psychologie, comme je l’avais projeté depuis toujours ? Le monde universitaire me semblait à présent insipide et hautain comparé à la profonde lumière du monde spirituel. Et qu’en était-il de mon beau petit ami indien ? Mes parents ne m’avaient jamais permis de fréquenter un non-juif. Le fait d’épouser mon amour hindou valait-il l’angoisse que j’allais causer à mes parents ?
Après un quart d’heure passé à répondre à des questions en Bengali, mon gourou se tourna finalement vers moi, et me demanda en anglais : « Alors, tu pars demain ? »
Je fis tristement un signe de tête affirmatif et lançai ma question : « Lorsque des choix se présenteront à moi dans l’existence, comment saurais-je lequel favoriser ? » J’étais en quête d’une boussole. Je sentais que mon navire s’embarquait dans un voyage long et périlleux. Comment atteindre mon objectif alors que des nuages de confusion obscurcissent les étoiles ?
J’avais de trop nombreux amis qui déambulaient sans but dans l’existence, confrontés à des conséquences néfastes tout au long du chemin. Leurs vies étaient jonchées de faux départs et de relations manquées, et ils changeaient de matières à l’université aussi souvent que de chemises – chaque mois.
J’abhorrai le modus vivendi des tâtonnements. C’était l’âge d’or des années soixante, où le débat faisait rage autour de la question du LSD : provoquait-il au cerveau des dégâts permanents ou chromosomiques ? Cette drogue était trop nouvelle pour étudier ses effets à long terme. Combien de mes amis brillants et créatifs l’avaient essayée, comme si leur future acuité intellectuelle ou celle de leurs enfants en valait le pari! J’étais, pour ma part, déterminée à trouver un but, étant dotée d’un sens de l’efficacité trop scrupuleux pour gâcher des années de ma vie ou de mon bien-être émotionnel. Je voulais une boussole.
Mon gourou me fixa de son regard pénétrant et répondit : « Que les Écritures soient votre guide. »
«Les Écritures ? » Pensais-je, incrédule. « Quelles écritures ? Je n’ai pas d’écritures ! » 
Je savais que Sri Kaviraj-ji lui-même était un brahmane orthodoxe, qui suivait les injonctions du Veda. La rumeur tenait qu’il avait désavoué son propre fils pour s’être marié hors caste. Mais l’année où j’avais étudié avec lui, il n’avait jamais mentionné les écritures hindoues.
Possédais-je de quelconques écritures, me demandais-je, passant rapidement en revue ma vie. Il ne pouvait pas désigner la Bible ! Enfant, j’assistais chaque Chabbat à l’office dans ma synagogue « conservative » et je lisais l’apologétique ennuyeux du commentaire de Hertz sur la section hebdomadaire de la Torah. Il ne s’y trouvait certainement aucune sagesse de l’existence, aucune boussole.
« Je ne possède aucune écriture, » répondis-je docilement.
« Tu n’as aucune écriture ? » dit-il avec compassion, comme si je lui avais dit qu’il me manquait un pancréas ou un foie. « Alors, dans ce cas, il faudra que tu sois guidée par ta voix intérieure. »
Le problème de la voix intérieure est que l’égo est un grand ventriloque.
Ma voix intérieure. Il m’avait tendu une boussole, mais de toute évidence, dans son esprit, une de second choix, bon marché, imprécise, le genre que l’on trouve pour quelques sous dans les bazars, et non pas la boussole dernier cri vendue dans les catalogues de luxe.
Le problème de la voix intérieure, j’allais m’en apercevoir, est que l’égo est un grand ventriloque. Ce qui ressemblait à la voix intérieure n’était souvent pas davantage que la voix du désir malsain réussissant une bonne usurpation d’identité : « Je dois agir ainsi. C’est mon destin. C’est la volonté de D.ieu pour moi. » Et moi, bernée, j’arpentai un chemin de ronces duquel je ne parvenais à m’extraire qu’au prix de grandes difficultés, émergeant écorchée et en sang.
INTELLECT CONTRE INTUITION
J’obtenais mon diplôme de Brandeis, et le jour suivant, je rejoignis un ashram (un lieu de retraite spirituelle indien) dans les forêts de l’est du Massachusetts, à un kilomètre et demi de la mer, où je demeurai pendant les quinze années suivantes. La gourou était une femme indienne de 64 ans que nous nommions Mataji.
Mataji était l’être humain le plus éclairé que je n’avais jamais rencontré. Elle vivait, et nous guidait tous, par direction divine reçue par le biais de la méditation. L’intuition était le dispositif par lequel elle se mettait à l’écoute de la volonté divine.
L’intellect, en revanche, était méprisé et considéré déficient, un instrument limité qui ne pouvait pas sonder plus haut que le monde matériel. L’intellect, d’après Mataji, était un charlatan, qui se prétendait infaillible alors qu’en réalité, il était incapable de transcender les barrières de la logique pour s’élancer vers la vérité plus grande du paradoxe, le monde mystique au-delà des limites de la réalité matérielle.
À l’ashram, l’intellect était un intrus importun.
J’avais grandi dans un milieu bourgeois où l’intellect, traduit par la réussite universitaire, était tout. Sri Gopinath Kaviraj aussi m’avait parlé au niveau de l’intellect : il m’avait présenté des concepts au-delà de la compréhension de mon esprit non formé sur le plan spirituel, à l’instar d’un physicien exposant la complexité de la structure atomique à un étudiant de première année de lycée.
À l’ashram, en revanche, l’intellect était un intrus importun qui interférait avec la quête de la pure intuition. Lorsque je posais des questions à Mataji sur la philosophie orientale, elle refusait de répondre, me raillant et me qualifiant de « poseuse de questions. »
Bien que la communauté de l’ashram pratiquât la méditation trois fois par jour, nos propres voix intérieures étaient serviles vis-à-vis de la direction inspirée divinement de Mataji. Au fil des ans, je réalisai que le système de gourou possédait deux caractéristiques spectaculairement opposées.
D’un côté, le système de gourou avait fonctionné pendant des siècles en Inde, car il prenait la direction de la vie spirituelle du candidat à la spiritualité et la plaçait hors de contrôle de sa voix intérieure farouchement subjective, pour la placer sous le contrôle plus objectif d’un gourou vraisemblablement éclairé. Même si le gourou n’était pas totalement éclairé, il ou elle était probablement plus sage que le candidat, et presque toujours plus objectif sur des sujets qui préoccupaient ce dernier. De ce fait, même si le conseil du gourou ne provenait pas directement de la source de la sagesse divine, au moins il n’était pas issu de la subjectivité du propre égo ou des désirs du candidat. Obéir au gourou requérait de la discipline et de l’abnégation, un exercice toujours salutaire pour l’aspirant à la spiritualité.
D’un autre côté, le gourou, aussi éclairé qu’il fût, était un être humain, possédant sa propre subjectivité. Alors que Mataji montait occasionnellement en méditation dans les sphères éthérées et rapportait des messages pour lesquels elle n’était que le transmetteur, sa gestion provenait plus souvent de sa propre intuition, filtrée par les circonstances de sa propre vie et culture.
Lorsqu’une tempête de neige dévastatrice frappa la Nouvelle-Angleterre un certain hiver, provoquant un raz-de-marée qui démolit des dizaines d’habitations dans la ville voisine de Scituate, les survivants sans abri furent placés dans des lits de camp de l’armée dans le lycée local. Les émissions de la radio lancèrent des appels pour trouver des logements, en particulier pour les personnes âgées traumatisées et sans abri. Puisque les cottages de retraite de l’ashram, qui hébergeaient des individus en retraite pendant l’été, étaient vides, je souhaitais les offrir dans le cadre de l’effort de secours. Alors que Mataji se trouvait en Californie dans notre autre ashram, j’étais la directrice administrative de l’ashram de la côte est. Presque comme une formalité, j’appelai Mataji pour obtenir son approbation.
Elle refusa. Héberger des étrangers dont les vibrations spirituelles sont discutables dans les cottages de retraite, insistait-elle, allait nuire à l’atmosphère raffinée de l’ashram. En larmes, j’argumentais avec elle. Comment pouvait-elle laisser des gens âgés, qui venaient de perdre leurs maisons, dormir sur des lits de camp de l’armée dans un bâtiment d’école ? Mataji fut inflexible. Accablée, je raccrochai, réalisant que mon activisme social juif s’était heurté au mur de la passivité sociale hindoue de Mataji. Sa boussole fabriquée en Inde avait viré sur le pôle magnétique de son propre milieu et de son conditionnement.
Je n’étais pas une bonne disciple. J’entrai souvent en conflit avec Mataji. Parfois j’observais, avec un respect mêlé de crainte, ses vibrations éthérées et sa sincérité authentique, et je luttais puissamment pour faire fléchir mon arrogant égo sous sa houlette. À d’autres moments, je ne voyais que sa fragilité humaine. En tant que secrétaire personnelle, j’étais proche d’elle et en contact quotidien avec elle. « La familiarité engendre le mépris », remarquait-elle tristement lorsqu’elle affrontait ma révolte et mon obstination.
Quant à la méditation, le moyen de parvenir à mon propre accès direct au divin, je la trouvais aussi irrégulière que les drogues. À l’ashram, nous avions l’habitude de dire que la différence entre les drogues et la méditation tient à ce que les drogues donnent un effet de hauteur, mais cette hauteur ne dure que le temps d’effet de la drogue. Au cours des dix-sept ans de ma pratique de la méditation, j’avais à de nombreuses reprises expérimenté des hauteurs extatiques, complétées par des révélations de l’Unicité ultime, pour atterrir en tombant d’un bruit sourd dès que quelqu’un faisait intrusion dans mon état altéré de conscience en me parlant.
LA TORAH
À la fin de l’année 1984, alors que j’avais 36 ans, le livre sur lequel j’avais travaillé pendant cinq ans, une biographie historique détaillée du gourou de mon gourou, fut publié. En cadeau, Mataji m’accorda un congé de deux mois et 2000 dollars pour voyager où je voulais dans le monde. Je me rendis à New York pour étudier le mysticisme juif.
Là, je découvrais, à ma plus grande stupéfaction, que la Torah n’était pas, comme je le pensais, une histoire du peuple juif, ni un abrégé dépassé d’anciens rituels. La Torah, d’après mes enseignants, était le manuel d’instruction pour aller avec la planète Terre. C’était, prétendaient-ils, la volonté de D.ieu appliquée à la manière dont les êtres humains doivent mener leur existence, révélée à tout le peuple juif au Sinaï. D’après mes enseignants, même la Loi Orale, le commentaire qui confère une intelligibilité à la Torah écrite, était déduite par les Sages d’après des principes exégétiques définis, également révélés au Sinaï.
Si leurs arguments s’avéraient vrais, alors, je m’en rendis compte, la Torah était la boussole ultime – objective, directement de D.ieu, aussi étrangère que possible à la subjectivité humaine dans ce monde fini.
Cela me semblait peu plausible. Comment le D.ieu infini pouvait-Il révéler Sa volonté dans un ouvrage fini ? Mais quelque chose de cette pure objectivité d’un livre m’incita à pousser mon enquête plus loin.
Six semaines après mon début d’exploration du judaïsme, je me trouvais en route pour les Catskills. Le conducteur était Rabbi Ezriel Tauber, un ‘Hassid d’une cinquantaine d’années avec de longues payot bouclées. Survivant de l’Holocauste, Rabbi Ezriel Tauber parlait avec un fort accent polonais, chacune de ses paroles imprégnées d’amour de D.ieu et de la Torah.
Nous sommes arrivés le dernier jour d’un séminaire de week-end dirigé par deux scientifiques israéliens. Je me glissai juste à temps dans la salle de conférence bondée pour les entendre, portant tous deux des barbes noires et des kipot, relater leur expérience personnelle. Ils avaient été rigoureusement laïques avant d’assister un soir à une fête et d’entendre quelqu’un disserter sur l’incroyable thème des codes cachés dans la Torah. Ces deux hommes étaient lassés des religieux qui exposaient des thèses invraisemblables que personne ne prenait la peine de rejeter. Ils promirent de prouver dans leurs labos, le jour suivant, par le biais de leurs ordinateurs, que leurs arguments n’étaient que des sottises.
Au lieu de cela, ils furent déconcertés de découvrir que non seulement les codes mentionnés existaient effectivement, mais que de nombreux autres messages secrets étaient également dispersés dans toute la Torah.
À ce moment-là, racontaient les scientifiques aux centaines d’auditeurs captivés réunis dans ce village de vacances des Catskills, ils sentirent que pour rester fidèle à leur propre méthode scientifique, il fallait qu’ils admettent que la Torah ne pouvait être d’origine humaine. Même Moché n’aurait pu s’asseoir au sommet du Mont Sinaï avec son P.C. et insérer des codes se référant à des hommes et à des événements dans un avenir lointain. Et si réellement D.ieu leur demandait de sanctifier le Chabbat et de manger cacher, l’intégrité exigeait qu’ils obéissent. C’est ainsi qu’ils devinrent religieux et pratiquants.
Le séminaire se poursuivit, avec la participation d’orateurs brillants exposant diverses preuves de la probabilité de l’origine divine de la Torah.
Mon intellect était à présent libre de courir et de faire la roue.
J’étais assise, captivée. Si l’on pouvait prouver scientifiquement que la Torah provenait de D.ieu, alors c’était le guide ultime et objectif de l’action humaine, la boussole dernier cri.
Quelque chose commença à remuer en moi. Mon intellect, qui si souvent à l’ashram avait été méprisé et enjoint de s’asseoir au coin, était à présent libre de courir et de faire la roue. Nous, le public, étions invités à interroger, à mettre en question, à demander des preuves, à retourner chaque argument. Mon intellect était engagé en tant qu’allié dans la recherche de la Vérité spirituelle, plutôt qu’écarté comme un élément subversif.
Je quittai les Catskills ce soir-là, exaltée par l’excitation intellectuelle du séminaire. Après une heure ou deux de trajet en voiture, toute la vérité terrifiante s’abattit sur moi : à présent que j’avais trouvé la boussole que j’avais recherchée au cours de toute ma vie adulte, je n’étais pas du tout sûre de vouloir prendre la direction qu’elle m’indiquait.
J’avais 37 ans. L’ashram était non seulement mon lieu d’habitation physique et spirituel, mais aussi mon lieu de travail et de résidence de tous mes amis. Accepter les principes de la Torah exigerait un changement radical de mode de vie, un rejet de tout ce qui me tenait à cœur, un éloignement de mes amis, et la perte d’une sorte de réputation et de prestige que j’avais acquis dans le monde du New Age. Il me faudrait commencer à partir de zéro, en tant que Juive néophyte. Cette idée même m’accablait.
Je rentrai à New York ce soir-là, pratiquement convaincue que la Torah était la boussole donnée par D.ieu au peuple juif. Mais devais-je en faire partie ?
LE SINAI
Un mois plus tard, ma quête me conduisit à Jérusalem. Mataji prolongea mon congé de deux mois supplémentaires, et une modeste somme d’argent héritée de ma grand-mère servirait à couvrir mes frais de subsistance. Je commençai à étudier à Nevé Yérouchalayim, que l’on nommait à cette époque « yéchiva pour femmes baalé techouva » - des Juives revenant à l’observance religieuse de leurs arrière-grands-parents.
J’étudiais le ‘Houmach, la halakha, Maïmonide, et la paracha hebdomadaire. J’adorais tout ce que j’apprenais. J’entrais en conflit sur certains sujets, principalement la prétendue opposition du judaïsme à l’universalisme et au féminisme, mais la profondeur de l’approche de mes enseignants ne laissait rien de côté. On y trouvait l’intelligence intellectuelle alliée à la profondeur spirituelle. Le mode de vie prôné par la Torah me convenait comme une robe pendue dans mon armoire pour des décennies, délaissée, jugée trop étroite et démodée ; ce n’est qu’en l’essayant que je me rendis compte qu’elle m’allait parfaitement.
Cependant, mon congé touchait à sa fin, et mon ancienne vie me faisait signe. Au bout du compte, toutes les preuves intellectuelles dans le monde ne pouvaient suffisamment me convaincre à faire ce pas en direction d’un avenir incertain.
Un soir, peu de temps après minuit, je me rendis au Kotel, le Mur Occidental, les restes uniques du Saint Temple, le site le plus saint du judaïsme. Puis je méditais. Quelle était la volonté de D.ieu pour moi ?
Le Sinaï, pour chaque Juif, est le moment de dire « Oui » à D.ieu.
Nous parlons de la Torah donnée au peuple juif comme un cadeau qui apparaît un jour sur notre table de la salle à manger. En réalité, la Torah a étéofferte, avec le libre-choix de l’accepter ou non. La Torah consigne que tout le peuple juif, « comme un seul homme, d’un seul cœur », a répondu à D.ieu : « Naassé vénichma – nous ferons et nous entendrons. » Nos ancêtres, de manière inconditionnelle, de tout leur cœur, sans l’avoir examinée, s’engagèrent à suivre les nombreux préceptes de la Torah.
Le Sinaï, pour chaque Juif, est le moment de dire : « Oui » à D.ieu : « Oui, je le ferai à Tes conditions, », « Oui, je vivrai de la manière dont Tu le veux », « Oui, j’accepterai Ta Torah comme mon guide, même lorsque c’est inopportun ou franchement difficile. »
Cette tardive soirée d’été au Kotel, je me tins au Sinaï. J’avais atteint le point où l’intellect et l’intuition convergeaient. Je méditais et je choisis. « Oui », dis-je à D.ieu, « J’accepterai Ta Torah, peu importe où cela me mène, quoi qu’il m’en coûte. » 
Ce soir-là, je montais d’un pas léger les marches depuis le Kotel jusqu’à ma chambre située dans le Quartier juif. Au lieu de me sentir accablée par les centaines de commandements auxquels je venais de m’engager, je me sentais libre et légère. Après dix-sept ans, j’avais enfin trouvé mes propres Écritures.
 
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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:42


Je suis né dans un temps révolu. 
Je vis à présent dans un temps qui m’est dévolu. 


Entre ces deux temps, mon expérience de la vie a évolué. Et en jetant un regard condescend, bien bienveillant je dis que ce premier temps là est meilleur que le second.
J’aurai aimé qu’il soit plus large, plus extensible car je pense ne pas en avoir trop profité. 
J’ai eu la chance de naitre juste après la guerre. Dans une année de PAIX., bien loin des dépressions, des angoisses, des peurs, des craintes, des malheurs, des souffrances et des deuils.
Je n’ai pas été marqué par le bruit des canons et autres sons de cloches funestes. 


Je suis né dans une vie d’espoir et de renouveau. Renaissance d’une vie bien sereine parmi un peuple rempli de juifs, de chrétiens et de musulmans bien tranquilles. Bien loin de toutes les sornettes en tout genre et de tous ces corbeaux qui nous chantent l’hymne à la mort. 


Ma vie ne fut pas marquée par un langage dur, sec, méprisant comme celui des chleus, mais par un langage chaud, plein d’affection, la langue judéo arabe et le français. 
Bien loin de Goethe, j’ai appris la FONTAINE, lu et relu LAGARDE ET MICHARD. L’arabe populaire, dialectal fut aussi mon compagnon de route avec le temps. 


Je suis né dans une petite chambre. Entre mon père, ma mère, ma grand-mère ma tante et mon oncle. Trois femmes qui ont forgé ma vie par le grand apport non point philosophique de la vie mais par la simple morale de leur quotidien, par ces simples valeurs qu’elles n’ont pas apprises sur les bancs de l’école. 
Elevé dans une caisse en bois, ce promontoire fut ma tour de gué. Je retenais tout et tout ce que j’ai retenu je vous l’ai dévoilé.


La MNEHA et LA CHOKHEFE la gentillesse et l’affection, le savoir vivre dans l’indigence et la pauvreté. 
Je suis un enfant de la carte grise de L’O.S.E. Des cantines et des colis. Merci mon D.ieu de m’avoir épargné la vie de château, les majordomes et les domestiques. Et aussi le PIANO ou LE VIOLON et du COUCOU qui sort à midi d’une horloge naphtaline.
Darbouka, mezzoued, et tchictchika stambouli. 
Loin de moi les cravates, les nœuds papillons et les chaussures diplomates vernies. Marcel et flyfoot. Jébbè ou békita. 


Enfant au nez parfumé à l’odeur de l’ AHCHOUE, je suis à présent PAPY d’une autre HACHOUE…La Parlotte. Elle dégouline de partout sans pouvoir la maitriser. 
Enfants de Paris ou d’ailleurs, vos parents tout comme les miens n’ont sans doute pas eu le temps de raconter leur vécu. Trop occupés dans leur travail et leurs taches domestiques. Elles ont pensé bien plus à nous, qu’à-elles, à cette futilité qu’est l’écriture. Ils portent en eux ce qu’on appelle LA RICHA…Sur leur front, cette marque de Noblesse qui font d’eux des êtres à part. 


Aujourd’hui Enfants bien vieux qui portons haut leurs voix, leurs coutumes, leurs traditions leur façon de parler et de raconter. De cuisiner. YE HASSRA. 


Dans ma plus pure enfance, j’ai appris donc à rester debout entre quatre bois. Puis adolescent, je suis passé sous des filets, plus tard sous le joug de ma maman et ensuite sous les mains de ma femme. Puis je me suis mis à genoux pour mes enfants et aujourd’hui je rampe devant mes petits enfants. Et pour mes arrières petits enfants, je serai sous leur pas. Sans doute.
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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 09:19


Mystères du monde : le Golem ou l’homme d’argile


La possibilité de créer la vie a toujours été un des désirs secrets de l’Homme depuis le début des temps. Ce rêve est ainsi parfaitement illustré par le mythe du Golem que l’on trouve dans la tradition juive où il est possible de créer un homme à partir d’un morceau d’argile


Le mot de Golem est un mot hébreu qui signifie « cocon » et qui désigne un homme créé à partir d’argile. Il est possible, selon la culture hébraïque, de lui donner la vie en inscrivant le mot EMET sur son front ou sa bouche.


En fait, cet être est un homme inachevé, n’ayant pas la conscience d’un homme. C’est une ébauche d’homme à son service, selon le Talmud, un des écrits les plus importants du judaïsme. Il n’a qu’une forme humaine grossière.


« Tu étais poussière, tu retourneras à la poussière »


Vous connaissez tous cette expression qui indique que l’Homme est fait de matière organique destinée, un jour, à retourner à son état premier.


En fait, cette expression fut utilisée pour la première fois dans le Talmud, lors de la création blasphématoire d’un être humanoïde par un gardien de la doctrine juive, une personne qu’on appelle un docteur de la loi ou rabbin.


Alors qu’il était avec un de ses amis rabbins, ils décidèrent de créer un veau pour alimenter leur repas de shabbat, période de repos chez les Juifs.


Au lieu de créer un veau, le premier rabbin forma, à partir de l’argile, une créature de forme humaine. Il l’anima en inscrivant EMETH sur son front.


Le deuxième rabbin, horrifié par ce geste blasphématoire, détruisit aussitôt ce Golem en s’écriant « Tu étais poussière, retourne à la poussière ! »


Cet acte de création, qui est raconté aussi dans d’autres récits de la tradition juive, prouve que l’Homme peut avoir le pouvoir de créer toute forme de vie. De même, ce récit montre que les lettres et les mots hébraïques ont une formidable puissance de vie comme ce mot EMETH signifiant « vérité ».


Le Golem du rabbin Löwe


Le récit le plus célèbre concernant le Golem concerne un évènement qui se serai passé au XVIe siècle. Il met en scène à Prague, un fameux rabbin du nom de Yehudah Leib, aussi appelé Löwe, de Loew en allemand qui signifie lion.


Ce rabbin, très respecté dans sa communauté, était un lettré et un érudit reconnu et qui, en raison de son poste religieux élevé, était censé protéger toute la communauté juive. Pour l’aider dans sa tâche, il avait créé un Golem.


Il avait installé son Golem dans les sous-sols de la synagogue de Prague. Il venait toutes les nuits l’animer pour que celui-ci parcoure les rues de la capitale et prévienne tous les crimes qui pouvaient s’y commettre !


Pour l’animer, le rabbin devait éveiller cette créature gigantesque, faite d’argile, en prononçant le mot hébreu EMETH et en le traçant sur le front du Golem comme l’exige la tradition.


A ce mot, le Golem se levait, quittait la synagogue et partait à la recherche des criminels dans les rues de Prague pour leur éviter de commettre leurs forfaits.


Ainsi, pendant des semaines, tous les soirs, le rabbin Löwe vint dans les entrailles de la synagogue, réveilla le Golem qui allait accomplir sa mission sacrée puis revenait s’allonger dans sa cachette. 


Quand le Golem se présentait au petit matin, le rabbin lui ôtait la vie et le soir même, la même opération recommençait. Le rabbin réveillait le Golem avec le mot sacré EMETH. Il allait accomplir sa tache de protection de la communauté puis s’en retournait au petit matin où il était, à nouveau, endormi par le rabbin.


Toute la ville pouvait dormir sur ses deux oreilles dans la plus grande sécurité mais, toutefois, dans l’ignorance totale de l’existence de son protecteur nocturne. Personne ne se posait de question et la ville était calme !


L’erreur fatale du rabbin Löwe


Or, il se trouve qu’un jour, le rabbin oublia d’endormir le Golem une veille de shabbat. Celui-ci se réveilla, sortit de la synagogue et commença à tout détruire sur son passage ! La ville, horrifiée, découvrit alors l’existence de celui qu’elle considéra comme un monstre !


Imaginez une créature vaguement humaine faite de terre, d’une taille de plusieurs mètres et détruisant tout ce qu’elle rencontre ! Aucun humain ni groupes de soldats envoyés à sa rencontre ne purent venir à bout de la créature ! La ville était plongée dans la terreur !


La ruse du rabbin
Le rabbin, prévenu de ce qui se passait, se rendit aussitôt auprès du Golem. Pour détruire celui-ci. Il fallait effacer de son front la lettre E de EMETH car cela donnait le mot METH qui signifie « mort » en hébreu !
Or, le Golem était devenu tellement grand que le rabbin ne pouvait pas atteindre son front pour effacer la fameuse lettre E !


Ne pouvant employer la force, il utilisa alors la ruse. Le Golem était un être créé pour obéir et servir les hommes. Il se devait de respecter tous leurs ordres. 


Aussi grand et fort soit-il, il ne pouvait que se soumettre. Le rabbin lui demanda de relacer un de ses lacets. Alors que le Golem se baissait pour le faire, le rabbin put effacer la lettre E. Le Golem redevint une motte d’argile.
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