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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 12:57


C’est l’événement de la rentrée : un essai d’exception sur une question cruciale. En abordant un problème qu’aucun d’entre nous n’a manqué de se poser, la sociologue Eva Illouz signe l’un de ces livres que tout chercheur rêve d’écrire et tout lecteur de lire – ce qu’en somme on appelle un chef d’œuvre.
La sociologue Eva Illouz. © Suzanne SchleyerLa sociologue Eva Illouz. © Suzanne SchleyerLa douleur d’aimer embrasse bien des formes : les larmes de la rupture, l’angoisse de la solitude, le dégoût de l’échec… À toutes ces expériences, nous avons fini par donner des explications presque exclusivement psychologiques, si bien que c’est toujours sa faute à soi, si l’on est malheureux. « Tout au long du XXe siècle, l’idée selon laquelle le malheur amoureux incombe à l’individu seul a rencontré un succès immense », résumeEva Illouz qui prolonge ses travaux sur les affects en contexte capitaliste. Avec un sérieux et une rigueur à toute épreuve, elle propose de changer de cap : « Les aspirations et les expériences que nous prenons pour (…) individuelles ont en réalité une teneur sociale et collective importante. 
» Elle peut ainsi soutenir que « les échecs de nos vies privées ne sont pas ou pas seulement le résultat de psychés défaillantes, mais (…) le résultat de nos institutions ». Lesquelles ? Voici quelques réponses.

1. La survalorisation du sentiment
C’est en soi un fait sociologique dans la constitution du moi : la conscience que nous avons de nous-mêmes et de notre existence passe aujourd’hui moins par les rites collectifs que par nos sentiments individuels. Dans ce contexte, l’importance accordée à l’amour par les femmes est un héritage du XIXe siècle. 
À cette époque, « il leur promettait la dignité et le statut moral auxquels elles n’avaient pas droit dans la société ». Tandis que les inégalités persistent, elles continuent de les reproduire dans le rapport amoureux, en sacrifiant à l’amour leur besoin d’une plus vaste reconnaissance sociale. Hélas, au même moment, les hommes (jadis champions du sentiment fort et de l’engagement à vie) ont de croissantes difficultés à s’engager. Et comme l’idéal d’authenticité, qu’ils partagent eux aussi, les pousse à conformer leur comportement à leurs sentiments, eh bien… c’est la gabegie.
2. L’embarras du choix 
De plus, si les contraintes qui s’exerçaient jadis sur le choix de nos partenaires ont disparu, la « liberté » dont nous bénéficions a son revers. Certes, elle permet de jouir d’une sexualité émancipée de toute norme morale. Mais ce type de sexualité est devenu un statut social à part entière, et il a été privé de ce qui lui donnait son sel : l’enthousiasme. 
Car d’une part, les femmes sont désormais angoissées par la norme de la maternité (jadis, c’étaient les hommes qui réclamaient des enfants !) et elles restent, par conséquent, moins longtemps sur le « marché ». D’autre part, la masculinité s’exerce dans le champ sexuel en sacrifiant l’intensité au nombre. Car plus on a d’options, moins il est possible d’être convaincu de son choix. Par conséquent, l’amour au XXIe siècle s’érode par surabondance.
3. La prolifération des critères
© Le Seuil© Le SeuilAinsi, avec ce qu’Eva Illouz appelle « la libéralisation des marchés matrimoniaux » (soit la multiplication des rencontres), les inégalités sont devenues plus flagrantes. Et les plus actifs ne sont pas nécessairement mieux lotis : bardés de critères, « nous n’aimons plus la singularité d’une personne mais sa capacité à représenter des valeurs que nous révérons ». Dans ce contexte, la force des normes rend tout simplement impossible de se satisfaire de la réalité, aussi bien au moment de la rencontre que dans le quotidien du couple. Il devient « normal » d’attendre plus et mieux que la réalité n’a à offrir. 
4. La phobie de l’engagement
C’est dans ce contexte que les hommes ont adopté une stratégie de retrait affectif. Selon Eva Illouz, qui évite intelligemment les jugements trop rapides, il s’agit pour eux de recréer de la valeur. En effet, le choix étant surabondant, ils ne peuvent accéder à l’intensité des sentiments qu’en les raréfiant, quitte à ce que ce retrait s’exerce à leur propre détriment. Ils sont alors pris au piège : « la liberté (…) conduit à l’incapacité de faire un choix, voire au manque de désir de le faire » - comme s’ils s’étaient enfermés à l’extérieur de leur propre cœur !
5. Les impasses de l’introspection
Dans l’ensemble, Eva Illouz ne soutient pas que nous souffrons plus qu’avant, mais que notre souffrance a pris de nouvelles formes. Une pratique néanmoins les aggrave : c’est  la culture thérapeutique qui nous incite à lutter contre la souffrance amoureuse comme une maladie indésirable. Une fausse conscience s’est développée autour d’une approche « psychologique », comme si nos sentiments (d’ailleurs réduits à de grands clichés) se jouaient tout entier à l’intérieur de nous. La vérité est que l’être humain est social, et qu’il nous faut réinventer ensemble de nouvelles formes de passion.
Photo à la Une : extrait de La Cité de la Violence avec Charles Bronson

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