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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 13:25


En ces temps d’incertitude et de tension liés au nucléaire iranien, l’attitude du pouvoir politique face au pouvoir militaire fait débat en Israël. Il pose le problème de la politisation de l’armée qui est une nouvelle donnée en Israël. Dans tous les pays démocratiques, les questions de défense appartiennent au pouvoir politique qui régit l’influence de l’armée. L’armée de s’immisce pas dans la politique à condition que le gouvernement lui laisse la conduite des affaires militaires tout en la contrôlant par le vote du budget de la défense.

 Expertise militaire
 

 

 
Les premiers ministres israéliens, à une ou deux exceptions près, n’avaient pas d’expertise militaire pointue et s’en remettaient aux chefs militaires pour les décisions stratégiques. Certains, à l’instar de Lévi Eshkol, étaient totalement incompétents en matière militaire. Ils appliquaient les principes de  Clausewitz,théoricien militaire prussien, auteur d'un traité  de stratégie militaire : «c’est au gouvernement d’élaborer les grandes lignes d’une guerre, car lui seul détient une connaissance interne de la situation politique que le chef militaire, simple spécialiste, ne peut posséder».
Levi Eshkol avec les généraux Rabin, Tal et Bar Lev

 
La logique voudrait donc que les premiers ministres s’occupent des problèmes politiques et financiers mais non militaires. S’ils veulent imposer les règles d’obéissance et de subordination du pouvoir militaire, ils doivent abandonner leurs prérogatives sur les questions de défense. Mais cela est devenu difficile depuis que les militaires ont envahi les postes politiques à la place des civils. A l’étranger, les ministres de la défense sont des civils, expérimentés certes, alors qu’en Israël, les anciens généraux promus à la défense ont tendance à se comporter en super chef d’État-major, créant ainsi des conflits qui peuvent discréditer le pouvoir civil. 

 
Ministre de la défense américain Panetta avec ses militaires

 
Benjamin Netanyahou a empiété sur le domaine voué à l’armée et a donné l’impression de négliger l’avis des chefs militaires relégués au rang d’auxiliaires. Il exprime ainsi sa volonté d’exercer le pouvoir sur les questions militaires parce qu’il détient le bouton du nucléaire. C’est pourquoi, on n’a jamais vu autant de généraux prestigieux ayant occupé des postes de haut niveau donner leur avis en public, contrer le gouvernement et insister pour contester certaines options irréalisables au point qu’ils sont accusés de manipuler l’information.
 
Expérience militaire

 

 
Fini le temps où les premiers ministres écoutaient avec respect les thèses de leur État-major. Ils veulent à présent étudier eux-mêmes les dossiers comme des experts militaires, sans hésiter de contredire ou de contester le bien-fondé de la stratégie choisie. A force de pression politique sur le chef d’État-major, il perd sa sacralité ce qui fait se poser la question de l’existence réelle d’un pouvoir militaire en Israël. Les officiers de Tsahal savent que leurs décisions en matière de défense ne sont pas inspirées par des calculs de politique politicienne et ils contestent donc au gouvernement l’expertise en matière militaire, à fortiori  lorsqu’il s’agit de stratégie nucléaire.
 
Pardo, chef du Mossad

 
Le premier ministre est certes bien informé. Il reçoit les renseignements de haut niveau, les télégrammes des attachés militaires en poste à l’étranger, ceux du Mossad (Services de renseignements à l’étranger) et d’Aman (Direction du renseignement militaire). Il est le destinataire des notes et dossiers préparés par l’État-major des armées et par son ministre de la Défense nationale. Mais son pouvoir semble absolu puisqu’il est seul à décider, avec son Cabinet de Sécurité des neufs ministres souvent aux ordres, de toute opération militaire extérieure.
Cabinet de Sécurité

 
Le ministre de la défense, Ehoud Barak, ancien militaire, est en mauvaise position pour négocier le soutien des chefs militaires jaloux de leurs prérogatives. Il perd la vision objective de tout homme politique et empiète sur le pouvoir de l’armée en devenant le porte-parole des volontés du premier ministre. Alors, le pouvoir civil s’est affranchi de la politisation de l’armée. Elle n’est plus l’armée populaire, une et indivisible, comme du temps de Ben Gourion. Elle s’est éclatée en clans, ayant chacun une ambition politique, dont les membres préparent déjà leur retour à la vie civile en intégrant le parti qui leur fera la meilleure proposition politique ou fiancière.

Guerre moderne technique

 
Dôme de fer

La guerre moderne est complexe et il est difficile à un civil d’assimiler toutes les finesses des nouvelles technologies. Il lui faut une expertise technique très étendue et autant de vision militaire pour faire la synthèse entre les contraintes politiques et économiques, diplomatiques et militaires, industrielles et technologiques. Il doit être capable d’arbitrer entre le possible et le souhaitable, entre le risque politique et l’avantage stratégique. Il doit dominer les caractéristiques générales des matériels militaires pour équilibrer ses choix politico-stratégiques avec les ressources financières du pays.
 
La prééminence du chef du gouvernement n’est pas remise en cause mais les militaires s’autorisent une certaine résistance feutrée et indirecte  au pouvoir politique. D’ailleurs certains n’hésitent plus à se rebiffer quand ils sont en opposition avec le gouvernement. Moshé Yaalon, a préféré quitter son poste plutôt que de couvrir le désengagement de Gaza et, au gouvernement, il conteste ouvertement les choix du premier ministre.  

Moshé Yaalon


Sur le plan politique, 216 officiers supérieurs ont signé une lettre ouverte à Benjamin Netanyahou dans laquelle ils le mettent en garde contre une politique«qui préférerait le maintien des implantations juives à un règlement mettant fin au conflit». Ils font preuve ainsi d'ingérence politique.

Mais une certaine évolution se fait sentir au sein des militaires en tenue. Les généraux, qui ont intégré le principe d’un interventionnisme politique, acceptent qu’on empiète sur leur périmètre afin de favoriser une coopération satisfaisante entre politiques et militaires. Mais les débordements son tenaces et les limites souvent franchies. Montesquieu affirmait l’importance du principe d’équilibre des pouvoirs car il n’y a plus aucune liberté, ni aucune protection, contre l’abus de pouvoir.
 
C’est ce principe de la séparation des pouvoirs qui semble avoir été rognée avec la décision d’octroyer les pleins pouvoirs à Benjamin Netanyahou. Il a réussi à faire adopter par ses ministres une réforme du règlement de travail du gouvernement avec pour objectif de recevoir davantage de pouvoirs en tant que chef du gouvernement.

   Le premier ministre pourra désormais se passer du consentement de son Cabinet pour trancher sur les dossiers les plus importants. Il donne à penser qu’il préparerait  ainsi une attaque sur l'Iran contre l’avis des principaux chefs militaires et sécuritaires et d’une partie de la classe politique israélienne. le pouvoir politique ne tient plus compte de l'avis du pouvoir militaire.

 

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Published by catger - dans TOUT SUR ISRAEL
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