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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 19:40

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Elle est le symbole du capitalisme français et ses liens avec le pouvoir sont multiples. La journaliste Martine Orange a enquêté sur la banque d’affaires et de conseil dirigée aujourd’hui par David de Rothschild.
La banque Rothschild conseille les grandes entreprises dans leurs grandes opérations de rachat ou d’acquisition. Elle conseille aussi l’Etat dans les mouvements de capitaux.

Jouissant d’une autorité incontestée à droite comme à gauche, elle entretient des réseaux d’influence économiques et politiques avec les plus hautes sphères de la finance.

"Les gouvernements passent, les Rothschild restent" : c’est ainsi que Martine Orange caractérise la puissance de cette banque. Journaliste à Médiapart, son livre s’intitule "Rothschild, une banque au pouvoir" paru aux édtions Albin Michel.

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Rothschild : enquête sur une banque au cœur du pouvoir

 
Au lendemain du 6 mai 2012, un jeune homme de 34 ans fait son entrée à l’Élysée. Il sera plus que le conseiller économique de François Hollande. Il l’a voulu, il l’a obtenu, le voilà au cœur du pouvoir présidentiel avec le titre envié de secrétaire général adjoint de la présidence de la République. Il s’appelle Emmanuel Macron et, après un détour par la philosophie, vient directement de la banque Rothschild où il était l’un des associés-gérants les plus remarqués.
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Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a choisi son bureau : celui de François Pérol, cet ami de Nicolas Sarkozy, qui fut lui aussi secrétaire général adjoint de l’Élysée avant de prendre les commandes dans des conditions contestées du groupe Banques populaires-Caisses d’épargne. Avant l’Élysée, François Pérol venait lui aussi de faire une fortune express à la banque Rothschild.
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François Pérol et Sarkozy

Ainsi passent les hommes, les partis et les pouvoirs… et demeure la banque Rothschild. C’est l’histoire d’un pouvoir au cœur du pouvoir, à l’épicentre des influences, des affaires, des coups financiers et de la politique. 

Une histoire très française, celle du capitalisme parisien de ces trente dernières années : un capitalisme happé et transformé en profondeur par la mondialisation. 

Et qui, dans le même temps, s’est recroquevillé sur une oligarchie des élites dont les ingrédients sont le pantouflage, les conflits d’intérêts, le mélange des affaires publiques et des intérêts privés, sur fond de nomenklaturisme des grandes écoles.
 

Le blason de la famille Rothschild

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C’est cette histoire que nous raconte notre consœur Martine Orange dans son livre Rothschild, une banque au pouvoir. Pas de dénonciation indignée dans ce livre mais une froide autopsie d’une des maisons les plus secrètes de Paris. 

Et une explication méthodique de ce que sont aujourd’hui les ressorts de la fortune, des affaires et de l’influence. David de Rothschild, l’artisan obstiné du pouvoir aujourd’hui flamboyant de la banque du même nom, est un homme qui ne parle pas. Ses apparitions sont rarissimes, ses interventions publiques exceptionnelles et toujours d’une parfaite langue de bois.

Dans ce livre, il s’explique en revanche longuement, avec une étonnante liberté, et retrace dans le détail comment, reparti de zéro après la nationalisation de 1982, il a reconstruit avec l’aide de proches, Éric et Édouard de Rothschild, l’un des principaux lieux de pouvoir du pays. La banque Rothschild l’avait toujours été : Georges Pompidou, successeur de De Gaulle, n’y avait-il pas fait l’essentiel de sa carrière ?
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« C’est la tradition de la maison de se mettre à la disposition de la République », dit à Martine Orange, David de Rothschild. C’est cette imbrication que décrit notre consœur qui a pu recueillir des dizaines de témoignages et récits, à l’intérieur même de la banque, chez les poids lourds des grands groupes français et dans plusieurs cercles politiques.

Car cette enquête, si elle nous montre les coulisses du capitalisme français, nous ramène toujours à l’essentiel : la politique, le pouvoir de décider, et quelques-uns de ses principaux acteurs. L’un d’eux émerge dans cette histoire d’une banque : Édouard Balladur. 

L’ancien conseiller de Georges Pompidou joue un rôle clé dans la renaissance de la banque, aux côtés d’un autre homme, Ambroise Roux, l’influent manitou du patronat français au début des années 1980.

Balladur ne s’éloignera jamais de la banque Rothschild. Et il y introduit bien sûr ses proches : Nicolas Bazire d’abord, son directeur de cabinet en 1995 qui partira chez Rothschild avant de devenir le numéro deux de Bernard Arnault à la tête de LVMH ; Nicolas Sarkozy ensuite. 

C’est cet univers, au lendemain de la défaite des balladuriens à la présidentielle de 1995, que Martine Orange explore en détail dans le chapitre 13 de son livre. Nicolas Sarkozy avocat d’affaires y tient le premier rôle. Nous reproduisons intégralement ce chapitre dans les pages suivantes.

PAR FRANÇOIS BONNET - Mediapart

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Chapitre 13

 

Les lois de l’hospitalité

À nouveau, la maison Rothschild a tendu une main amie. Cette fois, elle n’est pas destinée à quelque banquier délaissé. Mais à des amis en détresse, abattus après la défaite de leur candidat, dès le premier tour de l’élection présidentielle de 1995. Pour la banque, cette déroute est une déception mais pas un drame. Elle est désormais une banque d’affaires reconnue. 

Elle a ses entrées, partout.

Les liens avec Jacques Chirac, même s’ils sont bien moins étroits qu’avec Edouard Balladur, existent. Le nouveau Président, lui aussi, reste imprégné de la grande tradition pompidolienne. 

Et dans ce récit fondateur, les Rothschild ont une place à part : ce sont les amis de Georges Pompidou, la banque du Président, comme on dit. Un des plus proches de Chirac, François Pinault, est un client ancien de la banque : elle l’a aidé dans sa troisième mutation, lorsque l’homme d’affaires a liquidé ses actifs industriels, à commencer par la Chapelle Darblay, pour créer un empire dans la distribution, avec la Fnac et le Printemps, en attendant le luxe. 

François Pinault a confiance dans la banque et ne manque pas de le faire savoir. Bref, ce changement politique ne constitue pas un séisme.

Mais le désappointement est là, malgré tout : « Edouard » est un ami proche, peut-être le plus proche de la famille. Il a suivi depuis le début la reconstruction de la banque, l’a aidée dès qu’il a pu. Avec David de Rothschild, ils se sont souvent entretenus ensemble. Ils se voient depuis des années à Deauville, où Balladur a une maison et où le banquier vient en voisin. Ils ont tellement échangé sur leurs visions politiques, au cours de ces quinze années. Les liens sont si serrés qu’Édouard de Rothschild l’a choisi… comme témoin de mariage.

Comme de nombreux responsables du monde des affaires, le chef de la maison attendait, espérait la victoire du premier ministre, qui semblait lui être promise depuis des mois. L’homme politique qui, depuis 1981, s’était attelé à la reconstruction idéologique de la droite, était le dirigeant qu’il fallait : il allait mettre en œuvre le vaste programme de réformes sur lequel il réfléchissait depuis des années, avec le monde des affaires. 

Enfin, la France allait abandonner ses particularismes. Elle allait se normaliser et entrer dans le grand bain de la mondialisation.

Les lendemains de l’élection présidentielle sont donc amers. D’autant que la droite chiraquienne a la victoire féroce. Les comptes se règlent avec les balladuriens, accusés d’avoir trompé et trahi l’ancien maire de Paris. Tous ceux qui, de près ou de loin, ont soutenu l’ex-premier ministre sont bannis. Les chiraquiens leur promettent les foudres de Zeus si jamais ils osent s’aventurer à nouveau sur le terrain politique.

Cette atmosphère déplaît à David de Rothschild. Les batailles à droite, au début des années 80, entre chiraquiens et giscardiens lui ont laissé un souvenir désagréable. L’histoire lui a aussi appris combien les temps changent vite : les vaincus d’aujourd’hui peuvent être les vainqueurs de demain.

La loi sur le pantouflage des hauts fonctionnaires dans le privé n’est alors qu’un simple exercice de style. C’est donc sans le moindre embarras que la banque propose à Nicolas Bazire, le plus proche collaborateur de Balladur à Matignon, de venir le rejoindre. Un service rendu à l’ancien premier ministre ? Nicolas Bazire dément avec vigueur. « Non, Edouard Balladur n’a recasé personne », réplique-t-il. Le ton est sans appel. Quinze ans après, il semble en être encore blessé.

C’est donc par ses propres moyens, affirme-t-il, qu’il a cherché à se recaser. Au lendemain du premier tour, Nicolas Bazire n’est plus rien. Pendant des mois, il a été au centre de tout. Il a été plus que le directeur de cabinet de Balladur à Matignon, en cette période de cohabitation. Alors que l’Élysée vit au rythme de la maladie de François Mitterrand, il a été une sorte de premier ministre bis, Edouard Balladur se glissant subrepticement dans les habits de chef de l’État. 

Pas un dossier, pas une décision ne s’est prise durant cette période sans que Nicolas Bazire n’ait été amené à se prononcer. Il a été les yeux, les oreilles, la parole du premier ministre auprès des ministres, de l’administration, du monde politique et économique.

Mais cet officier de Navale, devenu conseiller à la Cour des comptes, puis parachuté au sommet de l’État sans passer par les étapes intermédiaires, n’a pas le goût de revenir à la case départ. Il n’a pas la politique chevillée au corps. D’autant qu’il sait qu’il lui est promis un long purgatoire avant de refaire surface. « J’aurais pu avoir la possibilité de me présenter à un siège de député à Fécamp. J’ai hésité,puis j’ai préféré renoncer. Il faut en avoir très envie pour faire de la politique. Je n’étais pas forcément fait pour ce mode de vie », explique-t-il.

Mais il ne se voit pas non plus regagner son corps d’origine et couler des jours tranquilles dans l’administration. « Quand vous avez connu la folie de Matignon, les jours et les nuits à travailler avec une équipe de quarante personnes, à traiter de tous les grands dossiers, il faut une sorte d’abnégation que je n’avais pas pour revenir à la Cour des comptes et contrôler ce qui venait d’être fait », reconnaît-il.

Alors, il se tourne naturellement vers le privé. À défaut du pouvoir politique, il est prêt à découvrir l’autre pouvoir, celui de l’argent. « Je me suis dit qu’aller dans une banque d’affaires serait moins compliqué que d’intégrer la hiérarchie d’une entreprise », raconte-t-il aujourd’hui.

Plusieurs banques lui ont fait des propositions, Lazard en premier, intéressé par ce haut fonctionnaire si puissant, et connaissant tous les dossiers politiques et économiques du moment. « Mais je n’avais pas envie de faire comme Jean-Marie Messier[1], d’avoir un parcours parallèle au sien, explique-t-il. Et ce qu’on me disait de Lazard, de l’ambiance qui y régnait, ne m’attirait pas. » La banque Arjil, propriété de Jean-Luc Lagardère, lui fait aussi des avances. Et puis, il y a Rothschild.

Selon Nicolas Bazire, le choix de Rothschild lui vient naturellement. Il connaît Édouard depuis 1990, il a rencontré David lors de réunions du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), quand il était à Matignon. Et, étant originaire de la région, il fait lui aussi partie de l’amicale de Normandie, retrouvant tout le monde le week-end à Deauville.

Tout s’enchaîne donc très vite, même si le parcours de recrutement, imposé par la maison, est soigneusement respecté. Il y a d’abord un déjeuner avec David de Rothschild, fixé invariablement au Jockey Club comme il se doit, puis la rencontre avec les autres associés-gérants – Jean-Claude Meyer, Christian de Labriffe, Richard Thil, Gérard Worms –, suivie par l’entretien d’apparence badin mais sous l’œil exercé et vigilant d’Éric de Rothschild. Enfin la confirmation arrive : en novembre 1995, Nicolas Bazire devient, sans période probatoire, le cinquième associé-gérant de la maison. Un signe de confiance et de reconnaissance manifeste.

Nicolas Bazire est une recrue de poids pour la banque. Il connaît tout des discussions, des préoccupations du pouvoir du moment. Les interlocuteurs de poids sont passés par son bureau. 

Et, en dépit des apparences, sa prise de distance d’avec le pouvoir n’est qu’apparente. Il reste au contact de tous les bruits, les rumeurs, les projets, même s’il lui faut, dans son nouveau métier, « prendre son téléphone, plutôt que d’être sans cesse appelé », ce qui le surprend. Il est juste moins exposé.

Il découvre aussi une autre dimension, celle des affaires internationales, l’univers des grands banquiers et des mégafusions, celui où les maîtres du monde jonglent et se battent à coups de milliards avec le globe pour terrain de jeu. Soudain, l’univers de Matignon, gare de triage de tous les dossiers français du moment, les bruits de la vie politique, lui paraissent bien étriqués, bien limités. « J’ai découvert un autre monde », dit-il (1).

Très vite, un autre proche de l’ancien premier ministre commence aussi à hanter les couloirs de la banque : Nicolas Sarkozy.

D’ordinaire, le monde des affaires n’aime guère mettre en avant les coups de pouce qu’il a pu donner à un moment ou à un autre à une personnalité politique dans l’embarras. Ces petits services rendus se font dans la discrétion, et chacun s’empresse d’oublier qui a pu en prendre l’initiative. À la banque Rothschild, on ne biaise pas avec le sujet. Des années plus tard, les uns et les autres se disputent même la primauté d’avoir eu recours aux services de Nicolas Sarkozy, avocat d’affaires, pour la banque.

Nicolas Bazire est catégorique. « C’est moi qui ai fait venir Nicolas à la banque Rothschild en 1997. Je travaillais sur une cession immobilière de la Générale des eaux et j’ai fait appel à ses services à ce moment-là. » Édouard de Rothschild affine cette version : « J’étais son interlocuteur à la banque. » Mais celui-ci situe cette relation plus tard, après la défaite des élections européennes de 1999, lorsque l’allié de Philippe Séguin a abandonné la direction du RPR et parut tenté de quitter à nouveau la politique.

[1] Jean-Marie Messier a été très proche de Nicolas Bazire. Issus tous les deux de familles catholiques pratiquantes, ils ont noué des liens étroits : chacun est le parrain d’un des enfants de l’autre. 

C’est Jean-Marie Messier qui recommanda Nicolas Bazire à Edouard Balladur comme directeur de cabinet en 1993, après avoir refusé d’abandonner Lazard et prendre le poste lui-même. Mais, à l’époque, les deux amis s’entretenaient quotidiennement des affaires de la France, des grands groupes et du monde.

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Il faut aider Sarkozy

« Je l’ai retrouvé, après les élections européennes, chez Jean-Claude Darmon[1]. Il était son avocat et moi son banquier d’affaires dans le cadre de la cession de son groupe. C’est à ce moment-là que je lui ai proposé de travailler comme avocat d’affaires pour la banque », raconte-t-il. Les versions semblent contradictoires. Elles sont juste étalées dans le temps.

David de Rothschild semble plutôt se souvenir de l’aide au moment de la première traversée du désert, en 1995, quand l’homme politique, abattu par la défaite, semble prêt à raccrocher les gants. « J’ai connu Nicolas Sarkozy en Normandie chez Edouard Balladur. 

C’était assez facile de sentir qu’il y avait chez lui toutes les qualités pour faire un très bon négociateur. Est-ce que l’initiative est venue de moi ou de Nicolas Bazire ? Je ne m’en souviens plus », dit-il aujourd’hui. Lionel Zinsou, ancien associé-gérant de la banque, a une dernière version. Selon lui, Nicolas Sarkozy a commencé à travailler pour la banque dès 1995, au lendemain de la défaite de son protecteur.

Les relations entre la famille Rothschild et le maire de Neuilly sont en effet beaucoup plus anciennes que celles avouées. « Nicolas Sarkozy a eu des liens très proches avec trois banquiers, qui ont veillé sur lui tout au long de sa carrière : Jean-Marc Vernes, Antoine Bernheim et les Rothschild. 

Cela ne l’a pas empêché d’être méfiant avec l’argent, car il savait combien le sujet pouvait être politiquement dangereux. Il a néanmoins eu des relations très proches avec eux, et ceux-ci n’ont cessé de l’aider », raconte en confidence un homme qui a suivi l’ascension de l’ancien chef de l’État. « Les affaires et le pouvoir politique sont indissociables », confirmera plus tard Cécilia Attias, l’ex-épouse de Sarkozy, témoin privilégié de sa carrière.

Très proche de la famille Dassault, le banquier Jean-Marc Vernes, inamovible adjoint aux finances à Neuilly pendant plus de trente ans, est celui qui lui a permis d’emporter la mairie, au nez et à la barbe de Charles Pasqua, à la mort d’Achille Peretti en 1983. Par la suite, le très jeune maire cultivera avec assiduité le banquier qui a la haute main sur toutes les finances du RPR et l’emmène, sous sa protection et celle de la famille Dassault, à laquelle il est intimement lié, jusqu’au sommet du parti.

Antoine Bernheim, le prestigieux banquier de Lazard, lui, l’a initié aux subtilités des affaires. Il lui a présenté les gens qui comptent, lui a expliqué le dessous des cartes de bien des épisodes économiques.

 Il l’a mis au courant de toutes les affaires italiennes, allant du Vatican[2] à Mediobanca, la puissante banque italienne phare du capitalisme italien, qui sera par la suite l’objet de toutes les attentions de Vincent Bolloré, de la famille Dassault (et de la présidence de Sarkozy). Il lui a décrypté tous les mouvements parallèles, l’a introduit dans de multiples réseaux.

Les liens avec la famille Rothschild sont moins affichés mais n’en sont pas moins solides. Ils se connaissent de longue date. Fasciné par ce monde violent et intrigant de l’argent, qu’il connaît déjà bien depuis qu’il est maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy cultive la proximité avec la famille. Au milieu des années 80, Édouard de Rothschild et lui se fréquentent beaucoup. 

Ils partagent les mêmes impatiences, ont envie de faire bouger les choses, comme aux États-Unis qui les fascinent tant, ils ont le même mépris pour les usages et le qu’en-dira-t-on. Ils deviennent si intimes qu’ils partent en vacances ensemble et se retrouvent l’été avec leur famille sur les plages de La Baule[3].

Montant très vite dans l’appareil du RPR, le futur Président n’a pas besoin de beaucoup d’explications pour comprendre le poids acquis par les jeux de pouvoir au sein du RPR et du patronat. Après l’échec du maire de Paris à l’élection présidentielle en 1988, le monde des affaires a tranché. Pour lui, Chirac est mort ! 

Il convient de choisir un autre candidat, plus à même d’incarner ses idées et de gagner. Ce candidat est tout trouvé : c’est Balladur, bien sûr. Nicolas Sarkozy se met dans la roue du premier ministre, dès sa nomination. Et tout ce petit monde se retrouve – à Deauville ! – pour parler, échanger, tracer des plans sur la comète. Lorsque David vient en voisin – il est toujours maire de Pont-l’Évêque – rendre visite à son ami Balladur, Nicolas n’est jamais loin. 

D’autant que Thierry Gaubert, responsable de la communication à la mairie de Neuilly, s’est lui aussi installé dans les environs.

Au lendemain de l’échec de 1995, les milieux économiques se préoccupent beaucoup du sort réservé à l’ancien ministre du budget, sur lequel ils ont déjà beaucoup investi. Quelques mois ont suffi à Sarkozy pour s’installer comme le numéro deux du gouvernement Balladur. Il avait aussi un bureau à Matignon, où il préparait l’élection présidentielle, au côté d’Edouard (Balladur) et de Nicolas (Bazire). Accusé de haute trahison par les chiraquiens, banni par Chirac lui-même qui lui interdit l’accès à l’Élysée, Sarkozy, au lendemain de la défaite, s’interroge sur son avenir. 

Contrairement à ce qu’il affirmera plus tard, l’homme ne supporte pas les hauts et les bas de la politique… Alors que sa route semble barrée, il a envie de raccrocher de la politique, d’entamer une nouvelle carrière, de devenir banquier d’affaires pour « faire de l’argent ».

Il s’ouvre de son projet à plusieurs personnes. « Quand il m’a parlé de devenir banquier d’affaires, je le lui ai déconseillé. Il n’était pas fait pour ce métier. Je lui ai dit que sa voie, c’était la politique. La France avait besoin d’hommes comme lui. Il lui fallait faire preuve de patience. Un jour, tu seras à l’Élysée, lui ai-je prédit », nous racontera Antoine Bernheim. 

Le très influent et très discret homme d’affaires canadien Paul Desmarais, dirigeant du très secret groupe Power Corp., lui tiendra le même discours, lorsqu’il ira le voir dans sa propriété de Sagard, au Canada, à l’été 1995. Son destin, selon l’associé du financier belge Albert Frère[4], était tout tracé : il devait s’accrocher à sa carrière politique, les plus grands espoirs lui étaient permis. « On m’a présenté cet homme politique encore tout jeune et j’ai trouvé en lui une énergie formidable et une force de conviction telle que je me suis dit : c’est quelqu’un qui serait bien pour la France », expliquera le Canadien plus tard.

Quelqu’un de bien pour la France. Beaucoup en sont déjà convaincus. D’autant qu’ils considèrent que Balladur ne pourra plus se représenter. Pour eux, son échec est plus lié à sa personne qu’à son projet politique : 

les Français n’aiment pas son personnage compassé, cette caricature de marquis emperruqué en chaise à porteurs dont il n’a jamais pu se débarrasser. Il faut donc passer à un autre candidat, qui ne fera pas peur aux Français mais qui sera capable de porter le programme que le monde des affaires attend. Et ce candidat, ce peut être Nicolas ! Il est jeune, certes. Mais il a les capacités. En attendant, il faut l’aider.

Une société discrète de secours mutuel se met en marche pour le soutenir. Amer après avoir perdu, en 2010, la présidence de l’assureur italien Generali à 85 ans, Antoine Bernheim s’en prend à ceux dont il estime qu’ils l’ont trahi dans ce dernier combat, Vincent Bolloré et Nicolas Sarkozy notamment, et il vend la mèche : 

« Quand je pense à ce que j’ai dépensé pour l’aider », nous confiait-il alors. Il répétera ses confidences désabusées dans un livre de Mémoires : « Sarkozy m’a mangé dans la main pendant vingt ans. Il a toujours eu des problèmes avec l’argent. Il oublie que j’arrose son cabinet d’avocats depuis vingt ans. Puisque je suis foutu à la porte de Generali, j’arrête[5] », lance-t-il alors, furieux.

« Antoine Bernheim a beaucoup aidé Nicolas Sarkozy. Il a joué de son entregent pour lui trouver des financements, l’a fait avocat de Generali, a amené des clients à son cabinet d’avocat d’affaires. Mais lui a-t-il consacré des fortunes ? C’est une autre histoire. 

C’est un homme avare. Dès qu’il dépense la moindre somme, il a l’impression d’être ruiné », s’amuse un banquier qui le connaît bien. Pas faux. L’ancien associé-gérant de Lazard, qui, à la veille de son décès, avait constitué une fortune estimée entre 600 millions et 1 milliard d’euros entre ses activités de banquier, d’assureur et immobilières,
[1] Jean-Claude Darmon, frère du comédien Gérard Darmon, est un intermédiaire très influent dans le monde du sport. Il est un des rouages français du sport business, devenu dominant à partir des années 90, suivant l’exemple britannique notamment. 

Très lié au monde de la formule 1, dominé par le britannique Bernie Ecclestone, il a été aussi un personnage phare du monde du football. Ayant noué des relations très proches avec la chaîne Canal+, qui s’est fait une spécialité dans le sport, il a notamment été à l’origine de contrats dits d’« images » entre les principaux clubs de football français et la chaîne de télévision, en contradiction avec la loi française qui stipulait une totale égalité entre les clubs, et un partage entre les plus riches et les plus pauvres, entre le sport professionnel et les milieux amateurs.

[2] Le Vatican, alors sous la direction du pape Jean-Paul II, a fait appel au banquier Antoine Bernheim, homme influent de Mediobanca – la banque qui verrouille le capitalisme italien – pour remettre de l’ordre dans ses finances, après les scandales de l’IOR (l’Institut pour les œuvres de la religion). La banque du Vatican, comme on l’appelle, était dirigée alors par l’Américain Paul Marcinkus. 

Ce dernier se trouvait mêlé à la faillite du Banco Ambrosiano. Le dirigeant de cette dernière banque, Roberto Calvi, fut retrouvé pendu sous un pont de Londres. La conduite discrète et efficace de cette mission de remise en ordre valut à Antoine Bernheim la reconnaissance des milieux politiques et économiques italiens et sa nomination, pendant des années, à la présidence du groupe d’assurances Generali, pivot du monde des affaires italien.
[3] Stéphane Denis, Le Roman de l’argent, Albin Michel, 1988.

[4] Albert Frère et Paul Desmarais se sont rencontrés par l’intermédiaire de Gérard Eskenazi. Le directeur de Paribas est alors en train d’organiser l’exfiltration de certaines filiales, afin qu’elles échappent à la nationalisation de 1981. Les deux financiers acceptèrent de lui prêter main-forte et en devinrent les grands bénéficiaires, récupérant à leur profit les filiales belge et suisse de Paribas. Depuis, ils ne se sont pas séparés et sont associés dans l’essentiel de leurs affaires.
[5] Pierre de Gasquet, Antoine Bernheim, le parrain du capitalisme français, Grasset, 2011.

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Édouard reprend en direct la relation avec Nicolas Sarkozy
n’hésitait pas à se plaindre souvent de son sort misérable, laissant croire à ses interlocuteurs qu’il était quasiment réduit à la mendicité. Nicolas Sarkozy lui-même s’en moqua. « Arrête de te plaindre ! 

J’ai été ministre du budget, je connais quand même l’état de ta fortune », lui rétorque-t-il, le jour où il lui remet la grand-croix de la Légion d’honneur.

Antoine Berheim l’a aidé, mais d’autres aussi. Beaucoup y vont de leur obole pour le soutenir. Nicolas Sarkozy étant avocat d’affaires, les soutiens peuvent se monter facilement. On lui confie soit des dossiers rapides mais très rémunérateurs, soit des affaires compliquées qu’il faut démêler avec doigté et discrétion.
L’ancien ministre de Balladur n’a jamais plaidé devant des juges. En revanche, il est un adepte des discussions en coulisse, des compromis ou des attaques discrètes. Ce qui lui permet d’entrer encore plus avant dans les grands et petits secrets du monde des affaires, qui n’aime guère que les différends se jugent sur la place publique. C’est ainsi que la famille Dassault fait appel à lui, bien que sa spécialité soit d’abord l’immobilier, pour préparer le règlement discret de la succession de Serge Dassault. Depuis, le cabinet a toujours gardé sa clientèle.

La banque Rothschild, comme tant d’autres, décide donc de faire appel à ses services. Une banque d’affaires a recours à pléthore d’avocats, certains très spécialisés, d’autres pour des missions discrètes. Nicolas Sarkozy a besoin de travailler pour faire tourner son cabinet. Donc, quoi de plus naturel que de faire appel à lui sur des sujets sensibles ?

Le dossier de l’immobilier de la Générale des eaux, pour lequel Nicolas Bazire recourt à lui, est un de ceux-là. Le groupe privé – à la tête d’un empire dans l’eau, les déchets, l’immobilier, les médias – est en faillite. Jean-Marie Messier a été parachuté en urgence à la présidence de la Générale des eaux en remplacement de Guy Dejouany, sur la pression personnelle d’Ambroise Roux. Il a pour première mission de cacher cette situation et d’éviter l’écroulement. 

Que le Crédit lyonnais, banque publique, fasse faillite, c’est une chose ! Que la Générale des eaux, alors deuxième groupe privé, dépose le bilan, en est une autre ! La mauvaise gestion, en ces temps de démonstration idéologique, ne peut être qu’étatique.

Dans le désastre qui menace, l’immobilier est le premier sujet de préoccupation : une folie d’expansion et de grandeur a entraîné cette branche dans des projets et des paris tous azimuts. Il y en a au moins pour 30 milliards de francs d’engagements, sans parler des promesses cachées. L’explosion de la bulle immobilière a mis à bas de dangereux montages, qui peuvent emporter par le fond l’ensemble de ce monstre tentaculaire.

À peine arrivé à la Générale des eaux, Jean-Marie Messier a appelé un ami, Stéphane Richard, ancien directeur de cabinet de Dominique Strauss-Kahn quand il était au ministère de l’industrie, pour l’aider. Il lui confie la direction de la CGIS, filiale immobilière créée pour isoler les dossiers immobiliers du reste, notamment ceux de La Défense qu’il faut désamorcer : 

la Générale des eaux – qui a profité de la faillite de Christian Pellerin, le bâtisseur du quartier des affaires parisien, pour prendre le contrôle de sa société – se retrouve à la tête de plus 300 000 mètres carrés, soit, au bas mot, un tiers environ de La Défense à l’époque[1].

Pour l’aider à déminer cette bombe, Stéphane Richard fait appel à de multiples expertises. Et c’est tout aussi naturellement qu’il pense, avec Jean-Marie Messier, à confier les contentieux de La Défense à leur ami. N’est-il pas spécialiste de l’immobilier ? 

À partir de 1996, celui-ci devient donc l’avocat en titre de la CGIS sur ce dossier. Un an plus tard, il devient aussi l’avocat de la banque Rothschild pour le même dossier. Même si la banque travaille pour la CGIS, il est un peu compliqué d’avoir le même avocat, surtout sur un dossier aussi lourd. 

Là où tout se complique, c’est que Nicolas Sarkozy, tout en étant avocat d’affaires pendant sa traversée du désert, est toujours, à l’époque, maire de Neuilly, partie prenante à l’avenir du quartier d’affaires. Il est aussi, à cette date, redevenu secrétaire général du RPR. Heureux hasard, c’est un ami, Charles Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux et cacique du RPR, qui est président de l’EPAD, l’établissement public de La Défense. 

Une entité importante aux yeux de Nicolas Sarkozy, puisque, après en avoir pris la présidence de 2005 à 2007, il a voulu la confier en 2008 à son fils Jean, avec le succès que l’on sait.

En un mot, le mélange des genres est total. Par le jeu des mandats politiques et d’affaires, Nicolas Sarkozy se retrouve de tous les côtés à la fois pour gérer le quartier qui compte près de la moitié des sièges des grands groupes français, le dossier le plus important des Hauts-de-Seine, celui qui assure au département un budget équivalent au PIB de la Grèce à l’époque.

Dans le milieu parisien, personne ne s’émeut d’une telle situation. À aucun moment, la banque Rothschild, pourtant habituellement si prudente, ne semble s’être posé la question de l’impossibilité de lui confier un tel dossier. 

D’autres considérations ont dû prévaloir.

D’une certaine façon, la sortie de ce dossier a été gérée comme le monde des affaires le souhaitait : dans la plus totale discrétion et pour le plus grand bénéfice de certains. Des tours entières ont été vendues à des investisseurs étrangers, banques, assurances ou fonds de pension, avec profit mutuel. La Générale des eaux a évité la faillite immobilière, en attendant la suivante avec Vivendi. 

La CGIS, devenue Nexity, s’est transformée en un groupe très prospère, et ses dirigeants, dont Stéphane Richard, sont devenus des hommes riches, comme l’en félicitera Nicolas Sarkozy en lui remettant la Légion d’honneur en 2008, alors qu’il est devenu entre-temps directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy (avant de devenir président de France Telecom).

Le maire de Neuilly a tiré aussi quelque profit sur ce dossier. Cela lui a permis de comprendre tous les ressorts du système Pasqua dans les Hauts-de-Seine, de le démonter et de le récupérer pour son profit politique. En 2004, il deviendra président du Conseil général, succédant à… son mentor. Mais à cette date, il est déjà aspiré par les vents ascendants du pouvoir.

« Durant toute cette période, Nicolas Bazire a été la cheville ouvrière entre Sarkozy et la banque Rothschild. Ce rôle lui revenait naturellement. À Matignon, ils avaient formé un duo qui, depuis, ne s’est jamais défait. Il savent tout l’un de l’autre », explique notre témoin, placé aux premières loges. Mais en 1998, Nicolas Bazire quitte la banque. 

Bernard Arnault, le président de LVMH, qui l’a pris comme conseil dès son arrivée chez Rothschild, lui a fait une proposition qui ne se refuse pas. « Vous n’allez pas rester banquier toute votre vie. Venez chez moi », lui a proposé Arnault. Nicolas Bazire ne peut résister aux sirènes du milliardaire : en lui offrant de devenir numéro deux du groupe de luxe, il lui propose tout, l’argent, le luxe, le pouvoir suprême.

« Le pire moment a été quand je suis allé voir David de Rothschild pour lui annoncer mon départ. Cela a été très difficile. Mais il a été comme toujours d’une exquise urbanité », se souvient Bazire. « Si vous pensez que vous devez le faire, faites-le », lui répond David de Rothschild, chiffonné par ce départ. Le chef de la maison n’aime décidément pas qu’on le quitte.

« Cela a été une erreur de recrutement », soutient aujourd’hui Gérard Worms. David ne dira jamais cela, même s’il peut éprouver le regret d’avoir été abandonné par un homme en qui il avait placé beaucoup d’espoirs, au point de lui accorder nombre de dispenses par rapport aux règles de la maison. 

Reconnaissant, Nicolas Bazire, comme directeur général de LVMH, confiera de nombreux mandats du groupe à la banque. Édouard de Rothschild, resté très proche, le nommera en retour au conseil stratégique, aux côtés d’Alain Minc et de Jean-Charles Naouri.

Bazire parti, c’est Édouard qui reprend en direct la relation avec Nicolas Sarkozy. Ce dernier a replongé alors dans la politique en redevenant secrétaire général du RPR et en laissant de côté, sauf circonstances exceptionnelles, sa robe d’avocat. Les deux amis, qui ne se sont jamais perdus de vue, entretiennent des relations libres. 

Quand il a commencé à revenir en politique, Édouard a usé de son entregent pour lui faire rencontrer de nouvelles personnalités, l’introduire dans de nouveaux réseaux. Il lui a présenté Minc, qu’il ne connaissait pas. Il l’a rabiboché avec Ernest-Antoine Seillière, alors président du Medef, avec lequel Nicolas Sarkozy était en mauvais termes.

Mais après la défaite des européennes de 1999, l’espoir de la droite est à nouveau tenté de renoncer à la politique. Il a abandonné toute fonction au sein du RPR. Il n’est plus que maire de Neuilly et parle une fois de plus de commencer une nouvelle vie. Il faut à nouveau monter un comité de soutien ! La banque Rothschild lui tend la main et sollicite son cabinet. 

Édouard de Rothschild l’associe notamment à des affaires qui les passionnent particulièrement l’un et l’autre : les médias. Ils discuteront ensemble de tous les dossiers de fusion, de rachat qui agitent la presse et l’audiovisuel à cette époque-là. Mais dans le plus grand secret.

[1] À la suite d’une plainte, déposée en 2004, par deux fonds de pension allemands, acquéreurs de tours ayant appartenu à la CGIS, une enquête judiciaire révélera l’existence de 45 000 mètres carrés supplémentaires construits illégalement dans le quartier.

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« Le secret de Rothschild, c’est le secret »

Quelle a été l’ampleur de l’aide de la banque à Nicolas Sarkozy pendant toute cette période ? « Très limitée. La banque lui payait des honoraires normaux d’avocat », assure David de Rothschild, qui refuse d’en dire plus. Comme le feront Antoine Bernheim, la famille Dassault, Bernard Arnault, le groupe Bouygues, Jean-Marie Messier, Albert Frère, Paul Desmarais, le publicitaire Gilbert Gross, Jean-Claude Darmon et tant d’autres.

David et Édouard se tiendront toujours en retrait, refusant tout affichage de cette aide passée. On ne les verra pas le 6 mai 2007 à la soirée du Fouquet’s, alors que tous ceux qui l’ont soutenu durant ces longues années se pressent pour fêter la victoire de leur candidat. Par la suite, nombre de ceux qui l’ont aidé dans sa traversée du désert auront droit à leur récompense, avec chaque fois de vibrants remerciements. Antoine Bernheim sera fait grand-croix de la 

Légion d’honneur dès le 13 juillet 2007, Nicolas Sarkozy rappelant qu’il lui devait tout. Paul Desmarais et Albert Frère le seront l’année suivante, et le chef de l’État rappellera de nouveau ce qu’il doit au premier. Bernard Arnault sera promu grand officier en 2011. Et une nouvelle fois, le Président lui rendra hommage pour son soutien dans les temps difficiles.

Mais sur la liste des promus de la Légion d’honneur, décoration très prisée de ce quinquennat, ne figurent ni David ni Édouard de Rothschild. Une longue fréquentation du pouvoir, dispensée par la mémoire familiale, leur a enseigné combien la recherche des distinctions du moment, l’étalage pouvaient devenir un jour préjudiciables. 

L’association au grand jour de la finance et de la politique finit par ne jamais faire bon ménage. La banque Rothschild, qui a payé par le passé pour de telles erreurs, n’est pas près de les réitérer.

Et puis, le métier de banquier d’affaires s’accommode mal des feux de la rampe. « Le secret de Rothschild, c’est le secret », dit David, reprenant à son compte la formule d’André Meyer, banquier de génie de Lazard, après guerre. 

La magie du nom, de la réussite de la maison tient aussi à cela. Mais pour continuer à opérer, elle doit se tenir dans une certaine pénombre, nimbée de mystère et de brouillard. Une lumière trop crue en dissiperait tous les effets.

Rothschild, une banque au pouvoir Par Martine Orange. Parution septembre 2012. Albin Michel. 368 pages. 20 euros
Mediapart

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