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22 août 2010 7 22 /08 /août /2010 19:28

Ce que nos gestes disent de nous....
 

A l'inverse du mime Marceau, dont les gestes exprimaient volontairement tous les messages qu'il souhaitait transmettre, nos gestes, même les plus infimes, traduisent le plus souvent une communication inconsciente. (Crédits photo : Arnaud de Wildenberg)
A l'inverse du mime Marceau, dont les gestes exprimaient volontairement tous les messages qu'il souhaitait transmettre, nos gestes, même les plus infimes, traduisent le plus souvent une communication inconsciente. (Crédits photo : Arnaud de Wildenberg) Crédits photo : Le Figaro Magazine

Lors d'un entretien en tête à tête, une main sur le menton, un sourcil qui se lève, un nez que l'on gratte, une jambe qui se détend... sont autant de signes de communication non-verbale qu'il est de plus en plus à la mode de décrypter. Florilège des non-dits que véhiculent nos gestes... tout en sachant raison garder.

Les gestes de la politique décryptés Les gestes de l'entreprise décryptés Les gestes de la vie privée décryptés

«Je ne recrute jamais un collaborateur qui, lors de l'entretien, fuit mon regard, raconte Jean-Louis, directeur à la banque Dexia. J'observe aussi ses mouvements. S'il marque un recul, j'essaie de le mettre plus à l'aise. » « Je suis intraitable avec mon équipe de vendeurs sur le maintien, renchérit Carole, manager chez Porthault, entreprise spécialisée dans le linge de maison de luxe. Pas de bras croisés, et l'on sourit avec ses yeux. C'est essentiel pour bien accueillir le client. » Les managers, comme les politiques, veillent à leur gestuelle, que ce soit pour un discours officiel, une présentation commerciale ou un entretien de recrutement. Il n'est qu'à les voir peaufiner leur style et leur discours par des stages de communication. Cette syntaxe corporelle peut renforcer, confirmer ou contredire des propos. « L'expression d'un message est à plus de 50 % non verbale, confirme Patricia Gleville, coach en communication. On ne peut se permettre de l'ignorer. »

Le décryptage de ce langage des gestes est aujourd'hui à la mode. Coachs, communicants, psychologues et même quelques neurologues participent à cette tendance. Manuels de bonne gestuelle ou livrets d'expression corporelle s'arrachent comme des lunettes magiques censées déshabiller la personne en vis-à-vis. Et la télévision s'engouffre dans la brèche, avec des émissions passant au crible les prestations de nos élus, ou mettant en scène un profileur, auxiliaire de la police détectant menteurs et bonimenteurs, comme dans la série Lie to Me.

La communication gestuelle, nouveau sérum de vérité... Que peut-elle bien révéler ? Selon les experts ès gestes, ce qu'exprime notre attitude corporelle entraîne une sympathie ou une antipathie immédiate, favorise l'échange ou en limite l'intérêt. Ce qui tombe sous le sens. Mais ils vont plus loin. Pour eux, chaque mimique, chaque posture, chaque oscillation de notre corps traduit les non-dits, les émotions, bref, l'état de nos pensées et de nos affects. Micro-démangeaisons (se gratter le nez par exemple), micro-fixations (poser sa main sur le visage), micro-caresses (se pincer le lobe de l'oreille) ont une signification. Celui qui est attentif à cet alphabet peut repérer les sentiments favorables ou défavorables, percevoir les blocages et mieux orienter une négociation, un entretien, voire une entreprise de séduction. Décoder ce métalangage physiologique, en prenant en compte les réactions intimes de son interlocuteur, serait la clé d'une communication optimisée.

Le consultant Philippe Turchet, auteur du Langage universel du corps (Editions de l'Homme), travaille depuis vingt ans à décrypter le langage gestuel, discipline qu'il a baptisée du nom barbare de « synergologie » (voir interview page suivante). Lui et ses adeptes ont criblé près de 3 000 attitudes corporelles qu'ils ont classées et reliées à des émotions. « Certaines d'entres elles, comme la colère, la joie, la tristesse... sont universelles, affirme-t-il. Elles se manifestent par les mêmes mouvements quels que soient l'âge, le pays ou la culture de l'individu. »

Si des sentiments sont visibles et se perçoivent aisément, d'autres se dissimulent, parce qu'il est souvent indispensable socialement de rester discret sur ses émotions. Ce sont évidemment les plus intéressants à décoder, en suivant le mode d'emploi du parfait petit synergologue.

Commencez, mine de rien, par bien scruter le visage de votre interlocuteur, et particulièrement sa moitié gauche qui, selon Philippe Turchet, trahit le mieux les émotions. Lorsque celles-ci sont positives, cette partie du faciès a tendance à s'ouvrir, à s'épanouir, alors qu'à l'inverse, elle se ferme au moindre ressenti négatif. Veillez à chaque frémissement musculaire, il peut être très furtif. Le sourcil par exemple : si le gauche s'anime et se lève, cela signifie que la personne en face de vous exprime un sentiment de pudeur ou de malaise. Si c'est le sourcil droit qui oscille, cela traduit un certain scepticisme. Ne quittez par les yeux de votre sujet et observez tout éventuel resserrement ou dilatation des iris. Une proportion de blanc de l'œil qui augmente est indicatrice d'une réception négative ou dubitative de vos propos. N'en soyez pas troublé, il ne s'agit pas de perdre le fil de votre pensée, ce qui se traduirait immanquablement par un signe révélateur, à votre détriment.

Poursuivons notre dialogue synergologique. Votre interlocuteur parle en vous regardant plutôt de l'œil droit tout en inclinant légèrement la tête du même côté. Diantre ! C'est le signe qu'il est traversé par un sentiment de rigidité ou de mal-être. Son menton s'affaisse imperceptiblement... Le malaise s'accentue. Ses yeux se tournent vers la droite, qui vise le futur, alors qu'il énonce une information qui s'est déroulée dans le passé... La situation s'aggrave. Nous sommes en pleine inadéquation ! Et cette incohérence pourrait bien révéler un mensonge. Est-il en train de vous mener en bateau ?

Il vous faut reprendre la situation en main. Faites-vous plus convaincant, jusqu'à obtenir une dilatation de la partie gauche de son visage. S'il vous considère de l'œil gauche, votre cas s'améliore. Ses émotions sont positives.

Mieux encore, vous suscitez une micro-démangeaison sur la joue gauche, signe chez les humains, comme chez les singes d'ailleurs, d'un sentiment de bien-être (alors qu'à l'inverse, un grattouillement sur le côté droit traduirait un agacement, voire une exaspération). Il se gratte ensuite le poignet gauche, c'est une invitation à un rapprochement. Elle se confirme par une extension de la jambe gauche... Victoire ! Il veut cheminer avec vous.

Dans le même registre, Paul Ekman, psychologue à succès aux Etats-Unis et auteur de Je sais que vous mentez (Editions Michel Lafon), se fait fort de démasquer mensonges, boniments et carabistouilles dans tout propos. Comment ? En examinant les expressions asymétriques du visage. Une physionomie tordue, des mouvements plus prononcés d'un côté que de l'autre sont des indices de tromperie. Si la motricité faciale n'est pas synchronisée avec les gestes et qu'elle dure plus de cinq secondes, l'esbroufe est quasiment assurée. Et gare aux sourires ! C'est le masque de camouflage le plus fréquemment employé. Les sourires feints ou sociaux sont plus symétriques que les sourires sincères et leurs délais de disparition sont souvent inadéquats. Détail irréfutable : les sourcils ne bronchent pas.

Si ces analyses sont la résultante d'observations empiriques, effectuées en visionnant des centaines de vidéos, d'autres procèdent de manière plus artisanale d'observations réalisées sur les propres constatations de ces experts. Ce qui ne les empêche pas d'ériger la parole gestuelle en science exacte. Le psychologue Joseph Messinger * figure parmi les plus catégoriques, assénant dans ses ouvrages ce genre de sentences définitives : « Si une personne s'assoit en face de vous et pose sagement ses mains sur ses cuisses, elle est en position de soumission. Si elle se pose au bord du fauteuil, elle est découragée. Assise en travers du siège, elle exprime un besoin de se protéger. »

Des interprétations péremptoires qui exaspèrent Pascal Lardellier, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université de Bourgogne, auteur de Arrêter de décoder. Pour en finir avec les gourous de la communication (Editions de l'Hèbe). Pour lui, symbolique gestuelle et autres synergologies relèvent de la pure fantaisie et de l'imposture scientifique. « Les gestes proviennent d'un contexte et d'un milieu social, s'insurge-t-il. Leur signification est conjecturale, contextuelle et culturelle, en fonction de l'interaction avec la ou les personnes qui vous font face. Se gratter l'oreille peut avoir des dizaines de significations différentes suivant les cultures et la situation. Il n'existe pas de langage secret du corps qui dévoilerait nos intentions. » Et de stigmatiser les dérives de cette « dictature gestuelle, un pur business qui évince le discours » et peut entraîner la déroute d'un bon candidat pour « délit de sale geste ».

Philippe Turchet admet que, si les gestes sont révélateurs d'un état d'esprit, ils se manifestent pour le traduire et non pour le trahir. On peut être mal à l'aise, naturel et sincère. Inutile donc de chercher à les contrôler, au risque de perdre toute personnalité et toute authenticité, en affichant une face impassible de bouddha. Turchet signale au passage les effets désastreux du lifting ou du Botox, qui figent les expressions hors contexte, nuisant à toute empathie. De même qu'il épingle la gestuelle trop parfaite de Ségolène Royal, désireuse d'afficher une force tranquille à la Mitterrand, et n'osant plus bouger, ce qui est contre-productif. Tel n'est pas, selon lui, le cas de Nicolas Sarkozy, rendu « plus humain » par une « faconde gestuelle » (et notamment les mouvements d'épaules) révélatrice de ses tourments. « Sans entrer dans la surinterprétation, sans singer les bons gestes, ou censurer les mauvais, il faut simplement être conscient qu'une impression se dégage de notre gestuelle, conclut Patricia Gleville. Elle a un impact sur le public. Quoi de plus naturel que de s'y intéresser pour améliorer les échanges et être mieux compris. » Tout en restant soi-même...

 

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